Le journaliste Mustapha Benfodil de nouveau refoulé à l’aéroport d’Alger, sans motif officiel

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Le journaliste et écrivain Mustapha Benfodil
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Mustapha Benfodil n’a pas pu embarquer ce jeudi 3 septembre sur le vol Air Algérie AH 1022 à destination de Marseille. Deuxième refoulement en moins de deux mois pour le journaliste et écrivain, à l’aéroport Houari-Boumediène, sans qu’aucune autorité ne lui remette par écrit le fondement légal de la mesure.

Dans un communiqué publié ce jeudi sur Facebook, Benfodil raconte que la Police des frontières lui a signifié qu’il faisait l’objet d’une Interdiction de sortie du territoire national (ISTN), “sans préciser par quelle autorité cette mesure a été émise ni pour quel motif”. Le 13 juillet déjà, il avait été bloqué alors qu’il se rendait au festival d’Avignon. Cette fois, il devait rejoindre une résidence artistique à La Chartreuse, à Villeneuve-lez-Avignon, pour la pièce “Générations radieuses”, consacrée aux essais nucléaires français au Sahara algérien entre 1960 et 1966.

Une convocation pour un article sur le gaz de schiste

Tout remonte, selon le journaliste, au 18 janvier 2026. Ce jour-là, il est convoqué par la Direction des renseignements généraux à Hydra — une première en plus de trente ans de carrière. Le motif : une recension parue dans un numéro de la revue NAQD intitulé “Gaz de schiste : risques et enjeux”. Il affirme s’être vu notifier verbalement son placement sous ISTN, le sujet étant jugé “sensible”.

NAQD, dirigée par l’historien Daho Djerbal, est éditée et diffusée légalement en Algérie depuis 35 ans. Benfodil souligne que ce numéro “est tout à fait légal et a reçu l’aval des autorités compétentes”. Djerbal lui-même déclarait le 18 juillet : “En reprenant la présentation du N° 44 de NAQD sur le gaz de schiste, M. Mustapha Benfodil n’a fait que son métier de journaliste professionnel comme il le fait depuis des décennies à chaque sortie d’un numéro de la revue NAQD.”

Aucune procédure judiciaire identifiée

Depuis juillet, le journaliste dit avoir multiplié les démarches : DGSN à deux reprises, DGSI, ministère de la Justice, parquet général près la Cour d’Alger, sûreté de wilaya d’Alger, tribunaux de Sidi M’hamed, Bab El Oued, Bir Mourad Raïs et Dar El Baïda. Son constat : “il n’existe aucune trace de poursuites” à son encontre. Pas de comparution devant le parquet, pas d’audition par un juge d’instruction, pas de PV signé. Casier judiciaire vierge.

Il soutient que son ISTN a été prise “en dehors du circuit légal”, en contradiction avec l’article 49 du code de procédure pénale : une telle mesure doit reposer sur une ordonnance motivée du procureur, être notifiée par écrit, et ne peut dépasser trois mois renouvelables une fois, sauf pour terrorisme, atteinte à la sûreté de l’État ou corruption. Dans son cas, rien de tout cela n’aurait été respecté — et la mesure dure depuis près de huit mois.

Un appel direct au président Tebboune

Benfodil qualifie sa situation de “mesure abusive et arbitraire” et s’adresse directement au chef de l’État : “j’interpelle les hautes autorités de l’État, au premier chef Monsieur le Président de la République Abdelmadjid Tebboune, les priant de mettre un terme à mon ISTN”. Il dit ne rien réclamer d’autre que la loi : “qu’on me traduise devant la justice, et que la loi me soit appliquée dans toute sa rigueur” si l’un de ses écrits est en cause. À défaut, il demande la levée d’une interdiction qui le prive, selon lui, d’un droit garanti par l’article 49 de la Constitution.

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