Haut Conseil de sécurité : l’Algérie veut sa « DEA », l’agence antidrogue américaine

Le Haut Conseil de sécurité a décidé mercredi la création d’un « organe sécuritaire spécialisé » contre le narcotrafic, sixième intervenant d’un dispositif qui mobilise déjà l’armée, la gendarmerie, la police, les douanes et un office de coordination.

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Saisie de 10,4 millions de capsules de prégabaline et de 33,4 kg de cocaïne présentée le 20 août devant le siège du Service central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, à Alger. ©DGSN
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Selon le communiqué diffusé mercredi 2 septembre par la Présidence de la République à l’issue d’une réunion du Haut Conseil de sécurité présidée par Abdelmadjid Tebboune, « il a été décidé de créer un organe sécuritaire spécialisé » dans la lutte contre la drogue, « à l’instar de ce qui est en vigueur dans plusieurs pays, comme les États-Unis d’Amérique ». Le document ne va pas au-delà de cette phrase.

N’y figurent ni le statut juridique de la future structure, ni son autorité de tutelle, ni ses effectifs, ni la date à laquelle elle doit voir le jour. La même réunion a décidé la transformation d’une caserne de l’Armée nationale populaire implantée au Tanezrouft en prison de haute sécurité destinée aux barons du trafic, et salué « les efforts déployés par l’Armée nationale populaire et les services de sécurité ». Elle a aussi appelé à activer l’exécution des condamnations à mort dans les affaires d’incendies, une orientation dont Maghreb Émergent a examiné la portée constitutionnelle.

Ce que désigne le modèle invoqué

La Drug Enforcement Administration, à laquelle renvoie la référence américaine, est née le 1er juillet 1973 du plan de réorganisation n° 2 signé par Richard Nixon, qui fusionnait le Bureau of Narcotics and Dangerous Drugs, l’Office for Drug Abuse Law Enforcement, l’Office of National Narcotics Intelligence et les services du Bureau des douanes chargés du renseignement sur le narcotrafic. Elle relève du département de la Justice, non du département de l’Intérieur ni de la Défense.

L’agence emploie ses propres agents assermentés, environ 4 650 agents spéciaux sur un effectif d’un peu moins de 10 000 personnes recensé en 2021, pour un budget annuel de l’ordre de 3,28 milliards de dollars. Elle dispose d’un réseau d’attachés implantés dans une soixantaine de pays. Elle partage sa compétence avec le FBI sur le territoire américain, mais détient seule la coordination des enquêtes fédérales en matière de stupéfiants, à l’intérieur comme à l’étranger.

Cette coordination centralisée, davantage que la spécialisation, constitue le cœur du dispositif américain.

Les services déjà à l’œuvre

L’Algérie ne manque pas d’acteurs sur ce terrain. Les détachements de l’Armée nationale populaire tiennent la ligne frontalière ouest, la Gendarmerie nationale dispose de ses unités judiciaires, la Sûreté nationale a constitué au sein de sa police judiciaire un Service central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, le SCLTIS, dont les opérations sont documentées depuis 2023 au moins, les Douanes opèrent aux points de passage, et l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie, créé par le décret exécutif n° 97-212 du 9 juin 1997 et rattaché au ministère de la Justice, assure la coordination interministérielle et la prévention sans exercer de pouvoir de police.

Pour la seule année 2025, l’Office a fait état de plus de 37 tonnes de cannabis, de près de 1 462 kilogrammes de cocaïne et de plus de 43 millions de comprimés psychotropes saisis. Le ministère de la Défense nationale a compté 35 tonnes de kif traité intercepté aux frontières et 2 354 narcotrafiquants arrêtés, quantités que l’Office reprend pour partie dans son propre total.

La Direction générale de la sûreté nationale, dans son bilan présenté en avril, a recensé 7 tonnes de cannabis, 665 kilogrammes de cocaïne et plus de 20 millions de comprimés, pour 175 920 affaires de stupéfiants impliquant 192 252 suspects. Chaque service publie son décompte sur son propre périmètre, sans agrégat national consolidé, et les totaux ne s’additionnent pas. Les saisies sont ensuite détruites par lots sous le contrôle d’une commission nationale, la cinquième opération du genre ayant porté sur plus d’une tonne de drogues dures.

Le SCLTIS a signé le 20 août l’affaire la plus lourde jamais enregistrée par la police algérienne dans un seul dossier, avec 10,4 millions de capsules de prégabaline et 33,4 kilogrammes de cocaïne, soit la moitié de ce que la Sûreté nationale avait saisi en comprimés sur l’ensemble de 2025. Le parquet du pôle pénal national de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée, près le tribunal de Sidi M’hamed, a identifié cinquante membres du réseau, dont vingt-cinq arrêtés en flagrant délit et vingt-cinq en fuite, de nationalités algérienne, marocaine et néerlandaise. Le renseignement avait débuté en janvier. Les commanditaires opéraient depuis le Maroc, avec des relais à Dubaï pour le transfert des fonds et des complices établis en France.

Les moyens juridiques mobilisables dans ce type de dossier ont été élargis par la loi 25-03 du 1er juillet 2025, adoptée par l’Assemblée populaire nationale en mai et par le Conseil de la nation en juin, qui a durci la loi 04-18 de 2004. Elle autorise les enquêtes financières parallèles pour remonter aux avoirs, ouvre la possibilité de rémunérer les informateurs, étend la peine capitale à de nouvelles infractions et permet la déchéance de la nationalité acquise pour les auteurs de crimes liés aux stupéfiants. Une stratégie nationale de prévention court sur la période 2025-2029, et quatre pôles pénaux spécialisés instruisent les affaires les plus lourdes.

La question de la tutelle

La spécialisation décrite par le communiqué existe déjà dans l’appareil algérien. Le SCLTIS conduit les enquêtes nationales sur les réseaux internationaux, et les brigades de wilaya travaillent en coordination avec lui. Il relève de la police judiciaire de la Sûreté nationale, placée sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, dont les missions sont fixées par le décret exécutif n° 92-72 du 31 octobre 1992. L’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie dépend, lui, du ministère de la Justice, comme la DEA relève du département de la Justice américain.

Le communiqué ne précise pas de laquelle de ces deux autorités relèvera la nouvelle structure, ni ce qu’il adviendra du SCLTIS et de l’Office. Il ne dit pas non plus qui administrera la prison du Tanezrouft, alors que les établissements pénitentiaires relèvent de la Justice et que la caserne appartient à l’armée.

La création de l’organe passe par un texte réglementaire. Le 27 juin, c’était encore le directeur général de l’Office, Tarek Kour, qui présentait le premier bilan annuel de la stratégie nationale antidrogue.

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