Arrivé à Alger aujourdhui, le pape Léon XIV s’est inscrit dans le vif débat sur la mémoire collective de la guerre d’indépendance, les libertés publiques et le rôle du pays dans les conflits mondiaux actuels. Compte tenu du contexte, ces propos projete l’Algérie comme un acteur actif de la paix dans le monde.
Hommage aux combattants de la révolution de novembre
Sitôt arrivé an matinée, le souverain pontif s’est rendu au monument des martyrs où il a rendu un hommage appuyé aux martyrs de la révolution. .« Notre présence ici, face à ce monument, est pour rendre hommage à l’histoire algérienne et à l’esprit d’un peuple qui a combattu pour l’indépendance, la dignité et la souveraineté de son pays», a-t-il dit d’emblée. Évoquant le sacrifice ultime de ces combattants, il a ajouté : « Les morts que nous honorons ici ont déjà répondu. Ils ont perdu leur vie, mais ce faisant, ils l’ont donnée pour l’amour de leur peuple. »
Le pape s’oppose ainsi au narratif néocolonial qu’il dénonce d’ailleurs dans son discours. «Ce n’est pas en multipliant les incompréhensions et les conflits, mais en respectant la dignité de chacun et en vous laissant toucher par la souffrance d’autrui que vous pourrez devenir les acteurs d’un nouveau cours de l’histoire aujourd’hui plus urgent que jamais face aux violations constantes du droit international et aux nouvelles tentations coloniales », a-t-il dit.
Une société civile vivante, dynamique et libre
Autre plaidoyer du pape: un appel à une société civile « vivante, dynamique et libre ». Adressé aux autorités en premier desquelles le chef de l’Etat, cet appel intervient dans un contexte marqué par des restrictions persistantes des espaces de liberté d’expression et d’association.
« J’exhorte donc ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité dans ce pays à ne pas redouter cette perspective et à promouvoir une société civile vivante, dynamique et libre, dans laquelle on reconnaisse en particulier aux jeunes la capacité de contribuer à élargir l’horizon de l’espérance pour tous», a plaidé le souverain pontife. Il a également rappelé la vocation première du pouvoir politique en affirmant que « les autorités sont appelées non pas à dominer, mais à servir le peuple et son développement ».
Pour nombre d’observateurs, cet appel se décline comme un écho aux interpellations de plusieurs organisations algériennes activant à l’étranger, afin que le pape use de son autorité morale pour demander la libération des détenus d’opinion en Algérie. Mais aussi la libération du journaliste français Christophe Gleize, condamné à sept ans de prison par la justice algérienne et pour lequel visiblement Emanuel Macron a intercédé auprès du pape.
Guerres mondiales et égalité Nord-Sud
Sur fond de guerres au Moyen-Orient, en Ukraine et des crimes à Gaza,le pape positionne l’Algérie comme capable de promouvoir la justice globale étant une « victime historique de la violence et de l’injustice ». Il lie cela à la « paix des cœurs », prolongeant son appel au pardon mémoriel et vers une redistribution mondiale des richesses, tout en critiquant de manière à peine voilée le néocolonialisme occidental et américain sous Trump.
Il a enfin appelé à la révision de l’approche des échanges internationaux, en expliquant que « les processus de mondialisation, convenablement conçus et gérés, offrent la possibilité d’une grande redistribution de la richesse au niveau planétaire », tout en prévenant que, s’ils sont mal gérés, ils peuvent « faire croître la pauvreté et les inégalités ».
















