Liamine Zéroual (1941-2026) : Disparition d’un acteur clé d’une transition entravée

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Le président Liamine Zeroual, une présidence au coeur de la "décennie noire"

L’ancien président algérien Liamine Zéroual est décédé ce samedi 28 mars à l’âge de 84 ans. Si l’histoire officielle retient son rôle durant la « décennie noire », son retrait du pouvoir en 1999 reste marqué par une démission atypique et un processus électoral qui a durablement entaché sa sortie de scène.

Le président Abdelmadjid Tebboune a décrété un deuil national de trois jours pour saluer la mémoire de Liamine Zéroual. Militaire de carrière et figure de la guerre d’indépendance, Zéroual aura dirigé l’Algérie de 1994 à 1999, une période de violences extrêmes et de mutations politiques profondes.

Une présidence entre dialogue et répression

Né à Batna en 1941, Liamine Zéroual rejoint l’ALN à 16 ans. Après une carrière de haut rang dans l’ANP, il est désigné chef de l’État en janvier 1994 par une “conférence de consensus national” boycottée les partis politiques les plus importants de l’époque. Son mandat est celui de tous les dangers : il tente d’amorcer un dialogue avec les chefs du FIS emprisonnés, tout en faisant face aux résistances au sein du système.

Bien qu’élu en 1995 lors du premier scrutin pluraliste (61 % des voix), son autorité est constamment sapée par des luttes de clans au sommet de la hiérarchie militaire. Cette période voit d’ailleurs les premiers débordements médiatiques des divergences au sein de la « maison », avec les mises en cause publiques du général Mohamed Betchine, conseiller de Liamine Zéroual.

La démission avec « préavis » : une anomalie politique

Le tournant majeur de sa présidence survient le 11 septembre 1998. Dans une annonce qui déroute la classe politique, Liamine Zéroual déclare qu’il écourte son mandat et organise une présidentielle anticipée.

Cette décision, qualifiée de « démission avec préavis », ne trouve aucun écho dans la Constitution. En restant en poste sept mois après l’annonce de son départ, Zéroual offre, selon de nombreux observateurs, le temps nécessaire aux « décideurs » de l’appareil sécuritaire pour préparer une succession contrôlée. Cette période de latence permet l’émergence d’Abdelaziz Bouteflika comme figure de consensus pour la hiérarchie militaire.

Avril 1999 : Le retrait des « six », l’ombre sur la sortie

L’épilogue de son règne reste l’un des moments les plus controversés de l’histoire politique algérienne. La veille du scrutin d’avril 1999, six candidats (dont Hocine Aït Ahmed, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi) se retirent en bloc pour dénoncer une fraude massive en faveur du « candidat de l’armée ».

En maintenant le scrutin malgré ce retrait massif, Liamine Zéroual préside à une élection à candidat unique. Ce fiasco démocratique entache durablement ce qui devait être une sortie honorable. Au lieu d’une passation de pouvoir exemplaire, son départ devient le prélude à l’ère Bouteflika, marquée par une reprise en main totale du politique par les réseaux d’influence.

Un silence de vingt ans

Après avoir transmis les clés d’El Mouradia le 27 avril 1999, Zéroual s’est muré dans un silence quasi total à Batna. Il n’en sortira que très rarement, refusant notamment de cautionner les dérives du système qu’il avait contribué à stabiliser.

Liamine Zéroual laisse l’image complexe d’un homme d’honneur face à la tragédie nationale, mais dont la fin de mandat illustre la difficulté, voire l’impossibilité, pour un président algérien de l’époque de s’émanciper.

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