Massacre du 17 octobre 1961 à Paris : des maires français veulent faire reconnaître un « crime d’État »

À la veille des commémorations du massacre du 17 octobre 1961, une trentaine de maires français, principalement issus de la gauche et des écologistes, réclament la reconnaissance explicite d'un « crime d'État » pour honorer les victimes algériennes de la répression coloniale à Paris.

Maghreb Emergent
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Commémoration du souvenir le 17 ocobre 2025, ville de L’Île-Saint-Denis (DR)
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 Une trentaine de maires ont appelé conjointement, ce jeudi 15 octobre, l’État français à reconnaître formellement le massacre de manifestants algériens du 17 octobre 1961 comme un « crime d’État », à deux jours des commémorations marquant le 65ᵉ anniversaire de cette grande ratonnade coloniale dirigée par le préfet de police Maurice Papon.

Dans un texte commun, ces élus locaux — parmi lesquels le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko (LFI), le maire de Paris Emmanuel Grégoire (PS) ou encore le maire de Montreuil Patrice Bessac (PCF) — demandent l’inscription du 17 octobre au calendrier officiel des cérémonies et journées nationales républicaines.« Reconnaître le 17 octobre 1961, ce n’est pas raviver les blessures du passé. C’est regarder notre histoire en face », soulignent les signataires.

Outre cette reconnaissance institutionnelle, le collectif d’élus réclame l’ouverture totale et inconditionnelle des archives publiques, la création de lieux de mémoire dédiés et la reconnaissance officielle du statut de victimes pour les familles des disparus.

 Des gestes présidentiels jugés « insuffisants »

Jusqu’ici, les déclarations officielles de l’exécutif français sont restées timides au regard de la gravité des faits. Si François Hollande avait évoqué en 2012 une « répression sanglante » et qu’Emmanuel Macron a qualifié en 2021 les crimes commis sous l’autorité de Papon d’« inexcusables », les maires signataires jugent ces gestes incomplets. Ils exigent la « reconnaissance pleine et entière du massacre du 17 octobre 1961 comme un crime d’État, au regard de la responsabilité des autorités publiques dans l’organisation et la conduite de cette répression ».

Pour rappel, le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement à Paris à l’appel du FLN contre un couvre-feu discriminatoire et raciste imposé par les autorités françaises. La répression sanglante ordonnée par la préfecture de police avait fait près de 300 morts selon les travaux d’historiens comme Jean-Luc Einaudi, nombre de victimes ayant été lynchées ou jetées dans les eaux de la Seine.

Un écho au blocage de la résolution N°1899 à l’Assemblée

Sur le plan législatif, une proposition de résolution (N°1899) avait été déposée le 8 octobre 2025 à l’Assemblée nationale par le député Idir Boumertit et une cinquantaine d’élus de La France insoumise. Ce texte vise à faire reconnaître par la représentation nationale le massacre comme un « crime d’État » et à instaurer sa commémoration officielle. 

Toujours en attente d’un examen en séance publique après son renvoi en commission des Lois, cette initiative vient appuyer la pression exercée aujourd’hui par les élus locaux.

Appel à manifester à Paris et dénonciation des violences policières

Comme un rappel au présent de l’histoire sur les pavés parisiens, un grand appel à manifester ce samedi 17 octobre a été lancé par plusieurs associations mémorielles et organisations de défense des droits humains. Le cortège doit converger vers les ponts de la Seine pour le traditionnel hommage rendu aux martyrs.

Cette mobilisation s’inscrit dans un climat de vive contestation des violences policières contre le mouvement des lycéens. Les organisateurs et plusieurs responsables politiques dénoncent fermement l’attitude jugée répressive des autorités à l’encontre des cortèges antiracistes, fustigeant les entraves administratives ainsi que les dispositifs de sécurité agressifs déployés dans la capitale.

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