L’ancien président de la FAF estime avoir apporté une contribution importante à la formation et au développement du football national, notamment à travers les résultats obtenus lors de la Coupe d’Afrique des nations. Visiblement affecté par la situation, il a déclaré : « Je suis choqué de me retrouver en prison. »
Les relations avec le ministère et le financement de la FAF
Interrogé par la juge sur les relations entre la Fédération et le ministère de tutelle, Kheireddine Zetchi a expliqué qu’un représentant du ministère assistait aux assemblées générales de la FAF. Il a insisté sur la collaboration entre les deux institutions, affirmant qu’elles avaient toujours travaillé main dans la main pour développer le football algérien.
Concernant les sources de financement de la Fédération, il a évoqué les subventions de l’État, tout en affirmant que, depuis 2015, la FAF n’avait reçu aucun financement de cette provenance, selon ses déclarations à l’audience.
Le contrat avec Concorde Voyages
La juge a ensuite abordé le contrat conclu avec Concorde Voyages. Zetchi a soutenu que ce dossier ne relevait pas de son mandat et qu’il n’était donc pas concerné par les faits évoqués.
Il a précisé que les poursuites portaient, selon lui, sur deux factures, l’une de 120 millions de centimes et l’autre de 86 millions de centimes. La juge a toutefois rappelé que l’expertise de l’Inspection générale des finances (IGF) faisait état d’un préjudice de 29 millions de centimes pour la Fédération.
L’ancien président a contesté cette conclusion, estimant qu’un tel préjudice était impossible.
« Ai-je enfreint une loi ? Je suis la preuve, et vous m’avez poursuivi. Où est l’argent public et où est la violation des lois ? », a-t-il lancé à la présidente du tribunal, contestant les accusations et demandant sur quelles bases juridiques elles reposaient.
Le contrat Adidas : « Nous étions fiers de ce contrat »
Le dossier du contrat Adidas a également occupé une place importante dans l’audition. Sur ce point, Kheireddine Zetchi a défendu avec insistance l’accord conclu avec l’équipementier allemand.
Selon ses explications, le contrat prévoyait une rémunération annuelle de 1,029 million d’euros sur une période de quatre ans, en contrepartie de l’apposition du logo Adidas, des droits à l’image des joueurs et des opérations publicitaires.
Il a notamment rappelé que les maillots Adidas avaient connu une rupture de stock après la victoire de l’Algérie à la Coupe d’Afrique des nations 2019, présentant cet épisode comme un signe du succès commercial de l’accord.
« Nous étions fiers du contrat Adidas », a-t-il déclaré, estimant qu’il s’agissait de l’un des contrats les plus importants du continent africain à l’époque. Il a également affirmé que cet accord avait permis d’apporter une contribution supplémentaire au pays.
La juge a ensuite évoqué une expertise comptable faisant état de 187 millions reçus par la Fédération de la part d’une société française. Zetchi a expliqué qu’il s’agissait de reliquats reportés d’une année à l’autre lorsque les montants prévus n’étaient pas entièrement utilisés. Selon lui, la Fédération n’était pas en difficulté financière et disposait d’un contrat couvrant quatre années.
Concernant l’exécution de l’accord, il a indiqué que celle-ci avait atteint 90 %, en se référant aux conclusions de l’expertise.
Il s’est également interrogé sur les conclusions du rapport de l’IGF, rappelant que la Fédération avait adressé un courriel à Adidas pour signaler que le contrat n’avait pas été exécuté. Il a toutefois souligné que les données relatives au stock de fin de période, qu’il a évalué à 21 millions, lui semblaient incompatibles avec l’idée d’une inexécution du contrat.
La prime liée à la victoire de 2019
La juge a ensuite abordé la question des primes versées après la victoire de l’équipe nationale à la CAN 2019, ainsi que celle du poste de manager responsable au sein de la Fédération.
Zetchi a défendu le maintien de ce poste, qu’il considère comme indispensable au fonctionnement de la FAF. Il a affirmé que cette fonction existait depuis longtemps et a rappelé qu’un manager belge avait déjà été rémunéré en devises en 2003 et 2004.
Au sujet de la récompense exceptionnelle accordée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à la suite du sacre continental, l’ancien président a remercié les autorités pour cette initiative. Il a expliqué que la répartition de la somme avait été effectuée par la Fédération, en concertation avec le sélectionneur national, et que la part la plus importante, soit 70 %, avait été attribuée aux joueurs.
Le procureur est également revenu sur plusieurs questions relatives à cette prime, déjà abordées lors des auditions de Zetchi et de Charaf-Eddine Amara.
Le choix de l’hôtel Tazrout et le centre de Sidi Moussa
Interrogé sur le choix de l’hôtel Tazrout pour l’hébergement, Zetchi a justifié cette décision par des considérations économiques et logistiques.
Il a indiqué que le tarif de 9 000 dinars par nuit en pension complète pour un établissement quatre étoiles était, selon lui, particulièrement avantageux. La proximité de l’hôtel avec le siège de la Fédération permettait également de réduire les frais de transport.
Il a par ailleurs précisé que le Centre technique national (CTN) de Sidi Moussa n’était pas un hôtel et relevait de la Direction technique nationale (DTN).
La location d’un logement pour un membre du bureau fédéral
La juge a également interrogé l’ancien président sur la location d’un logement pour une durée de six mois, qu’elle a qualifiée de non justifiée.
Zetchi a évoqué un montant de 280 000 dinars, ainsi qu’un montant de 1,6 million de dinars mentionné dans le dossier, sans que leur articulation exacte ressorte clairement des éléments disponibles.
Il a défendu la régularité de la démarche, affirmant que le contrat avait été établi devant notaire et que la Fédération s’était conformée à ses règles internes, notamment à l’article 14.
Selon ses explications, le logement était destiné à un membre du bureau fédéral résidant à Skikda. Après sa nomination, ce dernier aurait expliqué qu’il devait séjourner plus fréquemment dans la capitale et qu’il lui arrivait de venir avec sa famille. Zetchi a estimé que les responsabilités de ce membre justifiaient cette prise en charge et a indiqué que les clés lui avaient été remises.
La juge a toutefois relevé l’absence d’un procès-verbal de remise du logement. Zetchi a répondu qu’il ne pouvait pas contrôler personnellement chaque détail de gestion au sein d’une institution aussi importante que la Fédération.
Les joueurs locaux et les primes
La question des joueurs locaux a également été abordée. Interrogé sur certains joueurs résidant en Algérie et ayant bénéficié de versements, Zetchi a notamment cité Youcef Atal, Ben Debka, Rahmani et Ben Ghith.
Il a précisé que ces joueurs ne disposaient pas de contrats de travail avec la Fédération et a évoqué une décision du bureau fédéral concernant les victoires obtenues sur le territoire national.
Une somme de 3 000 euros a également été mentionnée au cours des échanges, Zetchi la présentant comme une prime.
Enfin, les questions du procureur ont porté sur des éléments déjà évoqués par les deux anciens présidents concernant la récompense accordée après la victoire à la CAN 2019. Un autre point a été soulevé au sujet des contrats conclus avec Zetchi et Charaf-Eddine Amara : selon les éléments évoqués à l’audience, un contrat aurait été conclu sans rémunération sous la présidence de Zetchi, tandis qu’un contrat prévoyant un salaire aurait existé sous celle d’Amara.
Une défense fondée sur la contestation des conclusions de l’expertise
Tout au long de son audition, Kheireddine Zetchi a contesté les accusations et remis en question plusieurs conclusions des expertises versées au dossier. Il a défendu les choix effectués durant sa présidence, en particulier en matière de partenariats commerciaux, de gestion des équipements, de primes et de fonctionnement administratif.
Ses déclarations devront être appréciées à la lumière des pièces du dossier, des expertises et des arguments présentés par les autres parties au procès.
Une audition de plus de trois heures, avant la reprise avec les témoins
Au terme d’une audition de plus de trois heures, Kheireddine Zetchi a montré une excellente maîtrise de son dossier et une connaissance approfondie des questions soulevées par la justice. En répondant aux interrogations de la juge, il a défendu ses décisions et apporté des explications détaillées sur les différents volets de sa gestion à la tête de la FAF.
Une pause d’une heure a ensuite été observée avant la reprise du procès avec l’audition des témoins, notamment celle de l’expert-comptable, qui a déclaré que l’ensemble des documents et des opérations effectuées par la Fédération était conforme à la loi : « Tous les documents et toutes les opérations effectués par la Fédération sont conformes à la loi. »
La procédure s’est ensuite poursuivie avec les interventions des parties civiles. Le Trésor public a réclamé une indemnisation de 900 millions de dinars. De leur côté, la Fédération algérienne de football et le ministère des Sports ont présenté un mémoire au titre de la constitution de partie civile, exposant le préjudic[…]



