La signature, jeudi à Ankara, de quatorze nouveaux accords entre l’Algérie et la Turquie conforte le poids grandissant de ce pays dans l’économie algérienne.
Ce partenariat stratégique, en pleine santé, supplante désormais l’Espagne qui a perdu un terrain considérable durant la récente crise diplomatique, tandis que du côté de la France, les relations économiques stagnent. Le renforcement de cet axe s’appuie sur une dynamique chiffrée qui illustre la profondeur de la coopération. Lors du sommet d’Ankara, les deux pays ont réaffirmé leur objectif d’atteindre dix milliards de dollars d’échanges commerciaux annuels à l’horizon 2030, un cap soutenu par le lancement imminent d’un accord commercial préférentiel, alors que le volume actuel se stabilise déjà autour de 6,3 milliards de dollars.
Un ancrage industriel porté par 1 600 entreprises turques
Cette montée en puissance est particulièrement manifeste dans le secteur industriel, où la Turquie est devenue le premier investisseur étranger hors hydrocarbures. Le stock d’investissements cumulés dépasse désormais les six milliards de dollars, avec des projections officielles évoquant un potentiel à terme de dix milliards via les nouveaux projets en cours. Cette présence est ancrée par plus de 1 600 entreprises turques actives sur le sol algérien, créant un écosystème productif dense et diversifié.
Le complexe sidérurgique Tosyali à Oran incarne cette réussite industrielle : avec une extension majeure prévue pour 2026, sa capacité de production doit passer de six à huit millions de tonnes d’acier par an, avec une ambition de deux milliards de dollars d’exportations annuelles. Parallèlement, le complexe textile Tayal à Relizane, fruit d’un partenariat sino-algéro-turc, emploie déjà des milliers de personnes, renforçant la position de l’Algérie comme plateforme de transformation.
Une reconfiguration des équilibres avec les partenaires européens
Comparativement aux partenaires européens, ces chiffres soulignent une divergence de trajectoire frappante. Alors que les investissements de la France, historiquement dominants, stagnent dans des secteurs traditionnels, la Turquie capte l’essentiel de la croissance dans les industries lourdes et manufacturières. Si l’Italie maintient son rang de premier client énergétique grâce au gaz, la Turquie s’impose désormais comme le premier partenaire du Plan de relance industrielle national.
Enfin, la substitution stratégique est nette vis-à-vis de l’Espagne : si Madrid tente une reprise de ses exportations (remontant péniblement vers les 900 millions d’euros), elle reste loin derrière la force de frappe turque.


