Dans plusieurs grands aéroports européens, les files d’attente aux contrôles frontaliers atteignent désormais plusieurs heures, au point que les compagnies aériennes elles-mêmes alertent sur le risque d’un été chaotique.
Les principales organisations du secteur aérien européen – Airports Council International (ACI Europe), l’Association internationale du transport aérien (IATA) et Airlines for Europe (A4E) – ont officiellement demandé à la Commission européenne d’intervenir en urgence.
Elles estiment que le nouveau système européen d’entrée et de sortie (Entry/Exit System – EES), désormais pleinement déployé dans l’espace Schengen, provoque des dysfonctionnements qui perturbent l’ensemble de la chaîne du transport aérien.
Les Algériens parmi les premiers concernés
Si cette situation touche l’ensemble des voyageurs non européens, les Algériens figurent parmi les populations les plus exposées. La période estivale correspond en effet au retour massif de la diaspora installée en France, en Belgique, en Espagne, en Allemagne ou encore en Italie.
Les principaux aéroports empruntés par les voyageurs algériens – Paris-Charles-de-Gaulle, Orly, Marseille, Lyon, Bruxelles, Barcelone ou Milan – figurent justement parmi les plateformes où les tensions sont les plus fortes.
À chaque arrivée dans l’espace Schengen, les ressortissants algériens doivent désormais être enregistrés dans le système EES. Celui-ci remplace progressivement l’apposition manuelle des tampons sur les passeports par un enregistrement informatique des données du voyageur, auquel s’ajoutent, lors du premier passage, une photographie faciale et les empreintes digitales.
Des contrôles beaucoup plus longs
Sur le papier, le dispositif doit renforcer la sécurité des frontières extérieures de l’Union européenne. Dans la pratique, son déploiement se révèle beaucoup plus complexe que prévu.
Les responsables des aéroports européens expliquent que les opérations de contrôle prennent plus de temps qu’annoncé, tandis que plusieurs équipements informatiques ne sont pas encore totalement opérationnels. À cela s’ajoutent des difficultés d’intégration avec les systèmes nationaux de contrôle aux frontières, notamment en France.
Résultat : dans certains aéroports, les temps d’attente dépassent désormais plusieurs heures. Selon les responsables d’ACI Europe, des voyageurs ont dû patienter jusqu’à cinq heures avant de franchir le contrôle frontalier.
Des retards qui se propagent à toute l’Europe
Les conséquences dépassent largement les seuls contrôles aux frontières. Des passagers arrivent trop tard aux portes d’embarquement, des correspondances sont manquées, des avions décollent sans tous leurs voyageurs et les retards se propagent ensuite sur l’ensemble des rotations de la journée.
Des exemples rapportés par la presse européenne illustrent l’ampleur des perturbations : un Airbus d’easyJet a quitté Milan avec seulement 34 passagers sur les 156 prévus, tandis qu’un vol Ryanair est parti d’Athènes alors que plusieurs dizaines de voyageurs étaient encore bloqués dans les files d’attente.
Un été particulièrement sensible
Pour les familles algériennes, ces perturbations interviennent au pire moment. Juillet et août concentrent traditionnellement le plus grand nombre de déplacements entre l’Algérie et l’Europe, avec des vols souvent complets plusieurs semaines à l’avance.
La moindre désorganisation dans un grand hub européen se répercute rapidement sur les dessertes d’Air Algérie, de Transavia, d’ASL Airlines, de Vueling ou encore de Volotea reliant les deux rives de la Méditerranée. Les voyageurs doivent ainsi s’attendre à des attentes prolongées, à des retards parfois importants et à un risque accru de manquer une correspondance.
Bruxelles sous pression
Face à la montée des critiques, les représentants des compagnies aériennes et des gestionnaires d’aéroports demandent à la Commission européenne d’assouplir temporairement le fonctionnement du système EES durant les grands départs de l’été. Ils souhaitent notamment que les États puissent revenir plus facilement aux contrôles manuels lorsque les files d’attente deviennent ingérables.
La Commission européenne reconnaît l’existence de difficultés techniques et opérationnelles, mais refuse pour l’heure de suspendre le dispositif. Elle affirme travailler avec les États membres afin d’améliorer les capacités de contrôle aux frontières.
En attendant, ce sont les voyageurs qui supportent les conséquences de cette période de rodage. Si aucune amélioration n’intervient dans les prochaines semaines, les centaines de milliers d’Algériens qui traversent chaque été la Méditerranée pour retrouver leurs proches pourraient voir leurs vacances commencer dans les longues files d’attente des aéroports européens.

