Établi en vertu de la loi américaine sur la protection des victimes de la traite de 2000, le rapport du département d’Etat américain évalue chaque année l’action des gouvernements au regard des normes minimales internationales d’élimination de la traite.
Le dispositif classe les pays en quatre catégories distinctes. Ceux du niveau 1 sont considérés comme respectant pleinement ces normes. Dans le niveau 2 figurent les pays qui, « sans les remplir entièrement, fournissent des efforts significatifs ».
La liste de surveillance du niveau 2 est réservée aux pays présentant « une vulnérabilité accrue ou une stagnation des résultats ». Quant au niveau 3, il concerne les pays jugés « non conformes et ne déployant pas d’efforts notables », une catégorie passible de sanctions et de restrictions sur l’aide financière américaine non humanitaire.
Alger dans le niveau 3 pour la troisieme année consecutive
Alger reste ainsi sur la liste de surveillance pour la troisième année consécutive. Selon les règles strictes de la législation américaine, un pays figurant sur cette liste pendant deux années d’affilée doit être automatiquement rétrogradé au niveau 3 l’année suivante, sauf décision expresse du secrétaire d’État américain.
Alger a donc bénéficié de cette dérogation légale au motif que « le gouvernement consacre des ressources suffisantes à la mise en œuvre d’un plan d’action écrit conforme aux normes minimales ». Le document relève des avancées structurelles, notamment l’adoption formelle d’une stratégie nationale de lutte contre la traite 2026-2030, la finalisation d’un mécanisme national d’orientation, l’élargissement des pouvoirs d’enquête accordés à la police judiciaire et l’activation d’un fonds d’indemnisation des victimes.
En revanche, le gouvernement algérien n’a pas démontré d’efforts globaux croissants par rapport à la période précédente, note le rapport. La loi n° 23-04 de 2023 érige en crime le travail forcé et la traite sexuelle, prévoyant des peines de 5 à 15 ans de réclusion et des amendes de 500 000 à 1,5 million de dinars pour les infractions visant des adultes, et de 10 à 20 ans de prison, accompagnées d’amendes de 1 à 2 millions de dinars, lorsque des enfants sont ciblés. De plus, la loi n° 25-14 a étendu les prérogatives de la police judiciaire pour perquisitionner des domiciles privés et des commerces, ainsi que pour saisir des avoirs criminels.
Le rapport indique par ailleurs que la DGSN dispose de 61 brigades de wilaya et que la Gendarmerie nationale dispose d’un service spécialisé dans la criminalité transnationale. La justice algérienne compte également quatre juridictions dédiées à la criminalité organisée. Cependant, estime le rapport américain, le bilan répressif de l’année 2025 révèle que « seules 12 nouvelles affaires ont été ouvertes », en plus de 41 enquêtes en cours d’instruction. Aucune nouvelle poursuite n’a été engagée en 2025 contre les 70 accusés poursuivis en 2024. Surtout, le rapport estime qu’aucune condamnation n’a été prononcée au cours de l’année 2025, contre 34 condamnations enregistrées l’année précédente.
Le rapport souligne néanmoins la coopération des autorités algériennes avec les forces de l’ordre américaines pour démanteler un réseau criminel transnational.
Les contraintes pesant sur la société civile entravent la protection des victimes
Le rapport enregistre par ailleurs un ralentissement sensible de l’identification proactive des victimes. Les autorités n’en ont identifié que 21 en 2025 — 14 femmes, 3 garçons et 4 filles, mais aucun homme adulte —, un chiffre en forte baisse par rapport aux 139 victimes recensées en 2024.
Le cadre de protection a été consolidé par le décret exécutif n° 26-14 de janvier 2026, qui formalise le mécanisme national de prise en charge et dote les intervenants de première ligne d’un guide pratique et d’indicateurs d’identification.
En parallèle, la loi de finances 2025 a rendu opérationnel un fonds d’aide alimenté par les amendes pénales. Néanmoins, les observateurs du Département d’État relèvent d’importantes limites structurelles : « Le dépistage demeure insuffisant parmi les populations vulnérables, exposant de potentielles victimes à des sanctions pour des actes illégaux commis du fait direct de leur asservissement », estime le rapport.
Il recense 113 structures d’accueil des victimes, dont trois centres pour femmes, 103 pour enfants et sept centres généraux. Mais il que les personnels de ces structures publiques « manquent souvent de formation spécialisée face au traumatisme lié à la traite ».
Enfin, les experts du Département d’État soulèvent le problème de « l’environnement imposé aux ONG locales et internationales », qu’ils jugent « entravant l’action humanitaire et la mise à disposition d’abris spécialisés indépendants ». Ils soulignent notamment « les restrictions sévères sur les financements étrangers et les limites imposées aux déplacements hors de la wilaya d’Alger ».
Le profil de la traite en Algérie
Le rapport dresse une cartographie précise des filières actives en Algérie : « Des femmes et des jeunes filles algériennes en grande précarité économique sont exploitées dans des réseaux de prostitution ou victimes de mariages forcés », explique le Département d’État. Parallèlement, « des femmes et des jeunes filles étrangères sont asservies dans des bars et des maisons closes informelles ».
Concernant les migrants en situation irrégulière, le rapport décrit une réalité déjà connue en Algérie: « Les enfants migrants sont particulièrement exposés au travail forcé dans le bâtiment, l’agriculture, les services domestiques, le commerce de rue et la mendicité organisée ».
Ce qui est peut-être moins connu, en revanche, c’est le fait que l’Algérie « accueille 1 120 professionnels de santé cubains dans le cadre d’un accord bilatéral où le gouvernement algérien paie directement le régime de La Havane », révèle le rapport. Washington estime que le maintien de l’État cubain comme intermédiaire expose ces personnels à la confiscation de leurs salaires et à une surveillance stricte.
Côté chinois, le tableau est plus sévère : « Les ressortissants chinois employés sur les chantiers liés à l’initiative de la “Ceinture et la Route” sont signalés comme vulnérables au travail forcé dans le BTP », selon la même source.
Enfin, le Département d’État américain signale que les trafiquants utilisent « de plus en plus » les réseaux sociaux en Algérie pour diffuser de fausses annonces en ligne et « piéger des victimes à des fins de cyberfraude financière ».



