Tunisie : les incendies mettent en lumière le coût économique du changement climatique

Mecipsa Amokrane
4 min de lecture
Image illustrant le communiqué de l'ONG tunisienne FTDES. Source: FTDES

Les incendies de forêt qui se multiplient en Tunisie sous l’effet d’une vague de chaleur exceptionnelle révèlent les limites des politiques de prévention face au changement climatique et aggravent les pertes économiques dans les zones rurales, alerte le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES).

Dans un communiqué publié à l’occasion de la Fête de la République, samedi, l’organisation non gouvernementale estime que la crise actuelle dépasse le seul cadre environnemental et met en évidence les conséquences économiques et sociales d’une gestion jugée insuffisante des risques climatiques.

Selon les dernières données de la Direction générale des forêts citées par le FTDES, les incendies ont détruit 4.400 hectares entre le 1er mai et le 23 juillet 2026, contre 2.705 hectares durant la même période de 2025, soit une hausse de près de 63 %.

Les services de la Protection civile ont, de leur côté, recensé 90 incendies entre le 11 et le 22 juillet, touchant notamment les gouvernorats du Kef, de Béja, de Bizerte, de Zaghouan et de Jendouba.

Des pertes qui dépassent le secteur forestier

Le FTDES souligne que les incendies ont provoqué des dégâts importants sur le couvert végétal, entraîné la mort d’animaux, détruit des cultures agricoles ainsi que des ruches, tout en contraignant plusieurs familles à évacuer leur domicile.

Au-delà de l’impact environnemental, l’ONG insiste sur les répercussions économiques, notamment pour les populations rurales dont les revenus dépendent directement des ressources forestières et agricoles. La destruction des moyens de subsistance risque, selon elle, d’accentuer la vulnérabilité économique de nombreuses familles déjà fragilisées.

Un déficit de prévention face à une crise climatique

Si les conditions météorologiques extrêmes expliquent en partie la recrudescence des incendies, le FTDES considère que leur fréquence et leur rapidité de propagation mettent également en évidence des faiblesses structurelles dans les dispositifs de prévention.

L’organisation pointe notamment le manque d’effectifs des agents forestiers, indiquant qu’un garde est parfois chargé de surveiller entre 400 et 600 hectares de forêt. Elle évoque également des insuffisances dans les systèmes de surveillance, d’alerte précoce, ainsi que dans l’entretien des pistes forestières et des pare-feu.

Pour le Forum, la stratégie nationale actuelle ne répond plus aux exigences imposées par l’accélération des effets du changement climatique et ne prend pas suffisamment en compte les dimensions économiques, sociales et environnementales de la gestion des espaces forestiers.

Des investissements publics et des indemnisations réclamés

Face à cette situation, le FTDES appelle les autorités tunisiennes à renforcer les capacités humaines, matérielles et technologiques des services chargés de la protection des forêts et de la lutte contre les catastrophes naturelles.

L’ONG demande également un accompagnement économique, social et psychologique des personnes sinistrées, ainsi que le versement d’indemnisations aux ménages ayant perdu leur logement ou leur source de revenus. Elle plaide aussi pour une gestion plus efficace du fonds d’indemnisation des dommages liés aux catastrophes naturelles.

Par ailleurs, le Forum recommande d’intégrer davantage l’anticipation et la planification dans la stratégie nationale de prévention des incendies, en associant les habitants des zones forestières et les acteurs locaux aux dispositifs de surveillance et de prévention.

Enfin, l’organisation appelle à la publication des données officielles relatives aux causes des incendies, à l’ampleur des pertes enregistrées et aux résultats des enquêtes lorsqu’elles mettent en cause d’éventuelles défaillances ou négligences.

ÉTIQUETTES :
Partager cet article