Alors que l’Algérie fait face, ces dernières semaines, à des coupures d’électricité récurrentes sur fond de canicule et d’incendies, la Tunisie traverse une crise énergétique d’une ampleur rarement observée. Des températures frôlant les 49°C, une demande record en électricité et un réseau saturé ont conduit les autorités tunisiennes à instaurer des délestages quotidiens dans une grande partie du pays.
Cette situation met en lumière les défis auxquels sont confrontés les deux voisins du Maghreb face aux épisodes climatiques extrêmes, alors même que l’Algérie demeure un fournisseur stratégique de gaz et d’électricité pour la Tunisie.
Une consommation record sous l’effet de la canicule
Depuis la mi-juillet, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) procède à des coupures d’électricité tournantes afin d’éviter un effondrement généralisé du réseau. Les délestages concernent de nombreuses régions, dont le Grand Tunis, Nabeul, Bizerte, Sfax, Sousse, Monastir, Mahdia et Kairouan.
Selon la STEG, la consommation électrique a atteint des niveaux historiques, culminant à près de 6 000 mégawatts, alors que les capacités de production du pays sont estimées à environ 4 630 MW. L’utilisation massive des climatiseurs, dans un contexte où les températures dépassent régulièrement les 45°C et atteignent localement 49°C, explique en grande partie cette explosion de la demande.
Les coupures, pouvant durer de une à plusieurs heures, sont présentées comme une mesure indispensable pour préserver la stabilité du réseau. La compagnie publique prévient régulièrement la population des créneaux concernés, généralement en soirée, période de forte consommation.
Un quotidien bouleversé
Sur les réseaux sociaux, de nombreux Tunisiens décrivent un quotidien devenu éprouvant. Privés de climatisation ou de ventilateurs pendant plusieurs heures alors que les températures frôlent les 50 °C, plusieurs internautes racontent passer des nuits sans sommeil et dénoncent des conditions particulièrement difficiles pour les personnes âgées, les enfants et les malades.
Cités par plusieurs médias, les commerçants expriment également leur exaspération. Boulangers, pâtissiers, bouchers et épiciers affirment subir des pertes en raison de la détérioration des produits réfrigérés, tandis que certains industriels évoquent des arrêts de production provoqués par les délestages. Des publications font aussi état de perturbations dans le secteur agricole et de difficultés d’approvisionnement.
Les critiques portent enfin sur les répercussions des coupures sur d’autres services essentiels. Des internautes signalent des interruptions de la distribution d’eau dans certaines localités, les stations de pompage étant elles aussi dépendantes de l’alimentation électrique. Sur Facebook et X, les appels à une meilleure gestion de la crise et à des investissements dans les infrastructures énergétiques se multiplient.
Une dépendance énergétique qui montre ses limites
Au-delà de la canicule, cette crise révèle les fragilités structurelles du système énergétique tunisien.
La production d’électricité repose à plus de 95 % sur le gaz naturel, alors que la production nationale est en baisse. Pour couvrir ses besoins, la Tunisie dépend largement des importations de gaz algérien et bénéficie également d’une interconnexion électrique avec l’Algérie.
Or, la vague de chaleur qui touche simultanément l’ensemble du Maghreb a fortement augmenté la consommation dans les pays voisins. Les responsables de la STEG ont indiqué que l’Algérie, confrontée elle aussi à une demande exceptionnelle sur son propre réseau, n’était plus en mesure de fournir des volumes supplémentaires d’électricité durant les pics de consommation.
” La Tunisie s’appuie notamment sur une interconnexion électrique avec l’Algérie pour obtenir un appoint en cas de besoin, dans le cadre d’un partenariat énergétique de longue date qui inclut aussi les livraisons de gaz naturel. Mais la demande croissante chez ses voisins a empêché tout appoint supplémentaire de l’Algérie et de la Libye ces derniers jours, obligeant le pays à s’appuyer sur sa seule capacité de production domestique”, a précisé le PDG de la STEG à la radio Mosaïque.
Une crise qui fait écho à la situation en Algérie
La crise tunisienne intervient dans un contexte particulier pour l’Algérie. Depuis plusieurs semaines, de nombreuses wilayas algériennes connaissent elles aussi des coupures d’électricité, souvent attribuées à la forte demande liée à la canicule, mais également à des incidents techniques et aux incendies qui affectent plusieurs régions du pays. Ces interruptions alimentent un mécontentement croissant de la population, confrontée à des températures dépassant parfois les 45°C.
Les répercussions économiques commencent également à se faire sentir. Dans plusieurs régions, des commerçants évoquent des difficultés à conserver les produits frais, tandis que des perturbations d’approvisionnement ont été signalées pour certains produits sensibles, notamment les produits laitiers, les fournisseurs invoquant les difficultés de stockage liées aux coupures de courant.
La simultanéité de ces tensions en Tunisie et en Algérie souligne l’impact grandissant des vagues de chaleur sur les réseaux électriques de la région, dont les infrastructures sont soumises à une pression sans précédent durant les pics estivaux.


