Victoire de Lula au Brésil : une bouffée d’oxygène pour les défenseurs du droit international

La réélection de Luiz Inácio Lula da Silva à la tête du Brésil marque indéniablement un tournant fort et un immense soulagement. Pour de nombreux observateurs attachés à la démocratie et au multilatéralisme, c’est tout simplement l'une des meilleures nouvelles de la scène internationale depuis de longues années.

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Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, victorieux : un écho géopolitique mondial (DR)
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Beaucoup dans le monde entier – et en Algérie – ont suivi le second tour de l’élection présidentielle au Brésil avec appréhension, dans l’espoir que le camp du trumpisme triomphant en Amérique latine trouve dans le vieux syndicaliste brésilien son premier grand revers. C’est fait, même si la marge est courte et que le courant Bolsonaro reste profondément enraciné dans la société brésilienne, avec l’appui notamment du mouvement évangéliste.

La victoire de Lula ne signifie pas pour autant que le bolsonarisme est vaincu. Flávio Bolsonaro, arrivé en tête au premier tour, réclame déjà l’annulation du scrutin, au terme d’une journée électorale marquée par des prolongations de l’ouverture des bureaux de vote. Cette contestation du résultat prolonge la logique de remise en cause des règles démocratiques, sans pour autant préjuger de la suite que le camp Bolsonaro entend lui donner.

Mais il est difficile de ne pas voir dans la victoire de Lula une démonstration de résistance à ce qui semblait être une irrésistible poussée des mouvements populistes et des logiques trumpistes d’affranchissement des règles communes. Que le Brésil demeure dans le camp de la légalité internationale – et de la dénonciation du génocide à Ghaza – résonne comme un acte de résistance salutaire.

Un coup d’arrêt symbolique et salvateur

Alors que le sous-continent sud-américain a longtemps tangué sous les assauts de figures nationalistes-conservatrices alignées sur les méthodes de la droite dure, la victoire de Lula – arrachée de haute lutte avec un peu plus de 51 % des suffrages face à la coalition bolsonariste – ouvre un nouveau mandat historique.

Le Brésil est un continent en soi, le plus grand pays de la région avec une économie estimée à plus de 2 600 milliards de dollars. Le vote de la majorité des Brésiliens apporte la démonstration que la vague autoritaire n’est pas inéluctable et qu’un autre chemin reste possible, malgré la fragilité d’une victoire aussi étriquée. C’est un éloge de l’activisme militant et du refus du renoncement. Mais il y a du pain sur la planche pour Lula.

Au-delà de la charge symbolique de cette victoire, le scrutin révèle une fracturation profonde de la société brésilienne qui se reflète dans la complexité d’un Parlement fortement fragmenté.

Pour mener à bien les politiques sociales promises et consolider l’État de droit après les soubresauts des dernières années, Lula va devoir naviguer entre compromis et alliances permanentes. Ce ne sera pas une sinécure.

 Un écho géopolitique global

On a coutume de dire que le vote étasunien concerne le monde entier. On peut aussi affirmer que le scrutin d’hier au Brésil est l’une des rares élections nationales à dépasser les frontières du pays. C’est un signal fort dans un monde qui prend, depuis l’arrivée de Trump, une pente dangereuse et explosive.

Dans un contexte de tensions économiques et de pressions protectionnistes accrues, le choix souverain des Brésiliens préserve un acteur clé du multilatéralisme, offrant un contrepoids indispensable face à l’entreprise de destruction du droit international.

En attendant les Midterms

Les regards se tournent désormais vers le calendrier politique nord-américain et l’issue des élections de mi-mandat (midterms) aux États-Unis, qui constituent un baromètre déterminant pour la suite. Les sondages indiquent un net avantage de motivation chez les électeurs démocrates et progressistes. À l’opposé, une partie des électeurs trumpistes, confrontés aux réalités économiques (notamment la persistance de l’inflation et le coût de l’énergie en lien avec la guerre de Trump contre l’Iran), manifeste une nette baisse d’enthousiasme. 

Même s’ils ne basculent pas dans le camp démocrate, ces déçus pourraient être tentés par l’abstention. Cette démobilisation d’une frange du socle conservateur pourrait bien redessiner les équilibres du Congrès américain et offrir un nouveau souffle inattendu aux forces progressistes à travers le monde.

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