Le ministère marocain de l’Intérieur continue de ne reconnaître officiellement que 11 décès sur son territoire, correspondant aux corps pris en charge par les autorités marocaines selon les procédures administratives et judiciaires. Parmi les victimes officiellement identifiées figure notamment Faten Ben Omar El Azizi, 20 ans, espoir du football féminin marocain, dont la mort a suscité une vive émotion sur les réseaux sociaux.
À l’inverse, Caminando Fronteras affirme avoir recensé 141 victimes en croisant les informations provenant des secours espagnols, de quatre hôpitaux du nord du Maroc et de son propre réseau de terrain. L’organisation distingue 78 corps récupérés en zone espagnole et 63 décès documentés au Maroc. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) évoque également un bilan dépassant largement la centaine de victimes.
Le drame des disparus : des familles bloquées à la frontière
Ce décalage s’explique en partie par le nombre important de disparus. Depuis plusieurs jours, des familles venues parfois de régions éloignées du Maroc restent massées près de la frontière de Ceuta, à Fnideq. Bloquées du côté marocain, sans possibilité de franchir le poste-frontière du Tarajal faute de visa Schengen, elles ne peuvent se rendre ni à la morgue ni dans les commissariats espagnols pour tenter d’identifier leurs proches.
Face à cette situation dramatique et à l’ampleur du bilan, la Guardia Civil et la Délégation du gouvernement à Ceuta ont activé le protocole prévu pour les événements à victimes multiples. Pour contourner l’obstacle de la frontière fermée, une cellule d’identification à distance et une adresse électronique dédiée ([ce-cmdceuta-pjlaboratorio-identificacion@guardiacivil.org](mailto:ce-cmdceuta-pjlaboratorio-identificacion@guardiacivil.org)) ont été mises en place afin de permettre aux familles d’envoyer des photographies, des signalements et, le cas échéant, des éléments permettant une comparaison ADN avec les enquêteurs espagnols.
Crainte d’une nouvelle vague le 15 août
Sur le plan politique, la crise suscite un profond malaise à Rabat. Selon des informations publiées par El Confidencial, le Premier ministre Aziz Akhannouch a dû interrompre ses vacances en Espagne sur instruction royale afin de gérer les répercussions de ce drame. En parallèle, le mouvement de protestation GenZ 212 appelle à des manifestations dans plusieurs villes du Royaume pour réclamer l’ouverture d’une enquête indépendante.
Alors que les recherches de corps se poursuivent en mer, les autorités espagnoles redoutent déjà une nouvelle crise. De nombreux appels anonymes circulent sur les réseaux sociaux marocains, invitant les candidats à l’émigration à se rassembler le 15 août à Fnideq (Castillejos). Pris très au sérieux par les services de sécurité espagnols, ces appels apparaissent plus structurés que ceux qui avaient précédé la vague migratoire de la fin juillet. Madrid estime toutefois que les forces marocaines pourraient cette fois empêcher tout mouvement de masse avant même son arrivée à la frontière.


