Alors qu’à Barcelone les progressistes tentaient d’organiser la riposte, l’extrême droite européenne réunie à Milan, privée d’Orbán, se retrouvait embarrassée par les outrances de Trump.
Le parvis du Duomo de Milan a servi, samedi, de décor à une extrême droite européenne en quête de repères. Baptisé « Sans peur : patrons chez nous en Europe», le rassemblement convoqué par Matteo Salvini a rapidement pris des allures de réunion de crise, percuté par une double secousse : la défaite électorale de Viktor Orbán en Hongrie et les attaques de Donald Trump contre le Vatican.
L’absence d’Orbán : la fin d’un modèle
Le grand absent était celui qui, jusqu’au 12 avril, faisait figure de boussole pour cette famille. En renonçant à se rendre à Milan après sa défaite face à Péter Magyar, Viktor Orbán laisse l’extrême droite européenne sans véritable modèle de pouvoir.
À Milan, le groupe « Patriotes pour l’Europe » a oscillé entre silence gêné sur l’échec hongrois et tentative de retour aux fondamentaux idéologiques — remigration, islamophobie — pour masquer la perte de son principal laboratoire gouvernemental.
Sans Orbán, la question du leadership européen est relancée. Salvini a tenté de s’imposer, mais il a été éclipsé par Jordan Bardella, venu en voisin avec une posture plus présidentielle, évitant de s’associer aux outrances conspirationnistes de son hôte.
Le malaise Trump
Longtemps facteur de cohésion, le soutien à Donald Trump devient un sujet de friction. Ses attaques contre le pape Léon XIV — qualifié de « faible » et de « très progressiste » — ont mis en lumière une contradiction croissante entre le trumpisme et les équilibres politiques européens, notamment en Italie, où la sensibilité catholique reste structurante.
En franchissant cette ligne, Trump expose ses alliés européens à un coût politique direct. Là où Salvini reste aligné, Giorgia Meloni a choisi de prendre ses distances. Pour la cheffe du gouvernement italien, s’associer à un discours perçu comme hostile au Vatican relève d’un risque politique évident. Cette prise de distance illustre une tension plus profonde : entre fidélité à une figure dominante de la droite radicale mondiale et adaptation aux contraintes nationales de gouvernement.
Salvini face à Meloni
Le rendez-vous milanais avait aussi valeur de test pour Matteo Salvini. Affaibli dans les sondages, confronté à la montée de figures concurrentes comme Roberto Vannacci, un général propulsé sur la scène politique par ses diatribes contre les minorités et érigé en porte-voix d’une droite radicale décomplexée, le leader de la Ligue cherchait à reprendre l’initiative. Mais l’opération a tourné court.
En contraste, Giorgia Meloni consolide une stratégie différente : moins de provocation, davantage de crédibilité institutionnelle. Cette divergence accentue une ligne de fracture au sein de l’extrême droite européenne, entre une logique de radicalité mobilisatrice et une logique de normalisation au pouvoir.
Milan face à Barcelone
Le contraste est d’autant plus frappant qu’au même moment, à Barcelone, Pedro Sánchez réunissait des dirigeants progressistes autour d’une tentative de coordination internationale face aux recompositions politiques globales. Là où Barcelone cherchait à structurer un front, Milan donnait à voir un camp en recomposition. Entre la disparition de son principal modèle gouvernemental et l’encombrement d’un allié américain devenu imprévisible, l’extrême droite européenne apparaît traversée par des tensions stratégiques profondes.
Plus qu’un moment de conquête, le rendez-vous milanais aura ainsi marqué une phase de transition marquée par l’incertitude pour une famille politique en quête de nouvelle cohérence.


