Algérie, la prévision de hausse de 15,5% des recettes fiscales paraît très optimiste

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Réunion du Conseil des ministres à Alger consacrée à l’examen du projet de loi de finances 2026. ©APS


Ramener le déficit budgétaire sous la barre symbolique des 20 % du PIB : telle est une des ambitions centrale affichée dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2027.

Face à un niveau de dépenses historiquement élevé, arrêté à 17 882,6 milliards de dinars (DZD) en crédits de paiement — soit une modeste progression contenue à +1,4 % par rapport à 2026 —, l’exécutif a fait le pari de résorber son impasse financière non pas par l’austérité, mais par un bond spectaculaire de ses rentrées publiques. Les recettes globales sont ainsi projetées à 9 251,1 milliards DZD, actant un bond de 15,5 % sur un seul exercice (+1 242 milliards DZD). Si un tel saut de rendement s’est déjà produit dans l’histoire budgétaire du pays, les ressorts exceptionnels qui l’avaient alors rendu possible sont loin d’être assurés pour 2027. D’où un affichage qui paraît, à l’analyse, bien optimiste. Les trois leviers historiques ont peu de chance d’être présents

Par le passé, les progressions de recettes supérieures à 15 % ont presque exclusivement découlé de chocs externes ou d’ajustements macroéconomiques majeurs. Ce fut le cas lors de la flambée énergétique post-Covid de 2022 ou des fortes tensions géopolitiques qui ont soutenu les cours en 2026, propulsant mécaniquement la fiscalité pétrolière. Hors envolée brute du baril, un tel bond n’a pu survenir que via une dévaluation sensible du dinar face au billet vert — gonflant artificiellement la contre-valeur en dinars de la fiscalité pétrolière de Sonatrach — ou par un élargissement massif de l’assiette de la TVA à l’importation, à l’image du boom d’achats extérieurs observé sur la séquence 2006-2008.

Or, pour 2027, aucune de ces configurations ne semble réunie : le marché pétrolier s’installe dans une trajectoire d’apaisement, la parité du dinar demeure stabilisée pour juguler l’inflation importée, et le régime de compression des importations interdit toute explosion des recettes douanières traditionnelles.
De nouvelles taxes et mesures qui ne rapportent pas assez

Pour tenter de densifier son assiette fiscale ordinaire, le PLF 2027 aligne pourtant une batterie de mesures ciblées. Le texte introduit notamment une refonte du régime minier, une surtaxe de 20 % sur les bénéfices des producteurs et importateurs de bières, une majoration de la taxe sur les tabacs (+10 DZD par paquet), l’abaissement du seuil de l’impôt sur la fortune à 80 millions DZD, ainsi que l’assujettissement des plateformes numériques étrangères à la TVA. Mais si ces ajustements comportementaux et sectoriels participent à la modernisation fiscale, leur rendement cumulé ne se comptera, dans le meilleur des cas, qu’en quelques dizaines de milliards de dinars. On demeure à bien loin de la marche titanesque de 1 242 milliards de dinars supplémentaires indispensable pour valider la trajectoire gouvernementale.
L’illusion du Fonds de Régulation des Recettes face au risque de monétisation du déficit.

Certes, le budget étant calibré sur un prix prudentiel du baril à 60 dollars, les recettes effectives de Sonatrach sur le marché international dégageront des excédents qui abonderont le Fonds de Régulation des Recettes (FRR). Toutefois, ces flux différentiels suffiront-ils à mobiliser une manne additionnelle de plus de 1,2 billion DZD par rapport aux réalisations réelles ? Rien n’est moins sûr.

En cas de non-concrétisation de cette prévision surévaluée, le déficit réel restera irrémédiablement ancré au-delà des 20 % du PIB. Dès lors, le Trésor public n’aura d’autre choix que de maintenir avec la même intensité les expédients monétaires des dernières années : une émission massive de dette souveraine intérieure, refinancée par la Banque d’Algérie à travers le rachat des titres souscrits par les banques de la place. Une fuite en avant financière qui perpétue l’éviction du crédit au secteur productif privé et compromet l’émergence d’une croissance autonome hors commande publique.

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