Algérie : Yagoubi qualifie la Loi de finances 2026 de “bombe à retardement”

Algérie : Yagoubi qualifie la Loi de finances 2026 de “bombe à retardement”
Abdelouahab Yagoubi, député de la communauté algérienne à Paris, rapporteur sur l’intelligence artificielle au Parlement de la Méditerranée, membre du réseau parlementaire international de l’OCDE et rapporteur des groupes d’amitié algéro-italien et algéro-coréen. Expert international en numérisation et systèmes d’information.

Le projet de loi de Finances 2026 a beau être adopté, le réquisitoire d’Abdelouahab Yagoubi continue de peser dans le débat. En parlant d’une “bombe à retardement”, le député a fait plus que critiquer un texte : il a ouvert un front durable sur la trajectoire budgétaire du pays.

Dès qu’il prend la parole, Yagoubi donne le ton. Il accuse l’État de naviguer à vue. Pour lui, le texte présenté “n’est pas une loi de finances mais une véritable bombe à retardement et un déficit programmé”. L’expression est forte, certes, mais elle résume sa lecture : un budget qui repose sur des fondations fragiles et un appareil administratif qui manque d’outils fiables pour piloter les dépenses publiques.

“Tout est théorique” : le député attaque la gouvernance financière

Le député revient sur huit années d’attente et de promesses techniques non tenues. Il rappelle que la loi 18-15 devait installer les bases d’un système moderne de gestion budgétaire. Selon lui, rien n’a été bâti correctement. “Nous n’avons ni système d’information intégré, ni données fiables, ni plateforme numérique pour permettre au Parlement de contrôler la dépense publique”, insiste-t-il.

Yagoubi ajoute que les chiffres fournis par le gouvernement sont difficilement exploitables. “Les montants en milliards n’ont plus aucun sens”, dit-il, estimant que même le ministre a été déstabilisé en présentant ses tableaux.

Son attaque la plus frontale concerne le déficit. “Nous dépensons 130 milliards de dollars et nous n’en encaissons que 65. Le reste, c’est du déficit qu’on maquille sous le nom de financement interne. Ce n’est pas une réforme, c’est un camouflage monétaire dangereux”, résume-t-il. Dans son argumentaire, il rappelle que ce déséquilibre représente près de 75 milliards de dollars, un niveau qu’il juge insoutenable.

Pour lui, rien n’a changé dans la structure économique du pays. “Nous avons vieilli avec les mêmes slogans sur la diversification”, lâche-t-il. Le constat est rude : dépendance aux hydrocarbures, volatilité des recettes, manque de visibilité. Et un budget qui, selon lui, ne reflète pas la réalité du terrain.

Yagoubi élargit ensuite sa critique à l’état des institutions. Il rappelle la chute du classement en liberté de la presse et évoque le rapport de l’Union interparlementaire internationale sur les restrictions visant certains députés. Il ajoute un autre signal d’alerte : la mise sous surveillance de l’Algérie dans la “liste grise” du GAFI, qui concerne les pays à risques accrues en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. “Ce sont des signaux clairs de faiblesse de la gouvernance”, affirme-t-il devant un hémicycle tendu.

L’article 150, le vrai front du débat budgétaire

Le commerce extérieur n’échappe pas à son examen. Il pointe “des décisions improvisées” qui, selon lui, ont gelé le climat d’investissement. Il s’arrête notamment sur l’article 150 du projet de loi, qui autorise le Trésor à emprunter auprès de la Banque d’Algérie. À ses yeux, cela revient à “un retour déguisé au financement non conventionnel”, une politique qu’il juge risquée pour la stabilité du pays.

Il évoque enfin les dossiers concrets qui alimentent la perte de confiance des citoyens : les remboursements des billets d’Air Algérie toujours bloqués depuis 2020, les passeports de certains citoyens liés au Hirak toujours en suspens malgré un engagement présidentiel. « Comment demander aux Algériens d’avoir confiance dans un gouvernement qui tarde à régler leurs droits les plus simples ? », interroge-t-il.

Aujourd’hui, la loi est votée. Mais sa charge, elle, continue de circuler. Yagoubi n’a pas gagné la bataille parlementaire, mais il a réussi à planter un signal d’alerte que personne ne peut vraiment ignorer. Ses mots resteront dans le débat public bien au-delà de la séance de vote, comme il l’avait annoncé en parlant d’une « bombe à retardement ».

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