Dans le paysage industriel algérien en pleine mutation, des acteurs locaux se distinguent par leur expertise technique et leur engagement en faveur de la formation. Nous avons rencontré Razem Cherif, ingénieur chez Soneltech Electric, une entreprise basée à Birtouta, spécialisée dans la commercialisation de produits partenaires en électricité et en automatisme.
Soneltech propose une gamme étendue d’équipements, allant de la câblerie à la filerie, en passant par diverses pièces électriques. Cet entretien retrace son parcours, l’évolution de l’entreprise et sa vision pour la robotique en Algérie.

Maghreb Émergent : Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel et expliquer comment vous avez intégré le monde de la robotique ?
Razem Cherif : Mon parcours a débuté il y a 12 ans dans le secteur de l’industrie pharmaceutique. À l’époque, ma mission consistait à installer des lignes de production, former les opérateurs et assurer la maintenance. Pour optimiser ces systèmes mécaniques anciens, accroître la productivité et améliorer la qualité, j’ai commencé à intégrer des solutions robotiques.
Par la suite, j’ai eu l’opportunité de travailler avec des entreprises italo-algériennes, ce qui m’a permis d’apprendre directement sur des robots et de concevoir des solutions locales adaptées aux besoins de notre industrie. Fort de cette expérience, j’ai rejoint des structures internationales représentant des marques japonaises et coréennes de renom, avant de mettre mon savoir-faire au service de Soneltech.
M.E : Parlez-nous de Soneltech et de son pôle formation, qui semble être un pilier de votre activité.
Razem Cherif : Soneltech, à travers son volet formation, est active depuis 16 ans. À l’origine, nous avons lancé ces formations en automatisme, car les universités ne parvenaient pas à répondre à la forte demande du marché en compétences pratiques. Les automates étaient coûteux et l’accès à la pratique était limité.
Aujourd’hui, après 16 ans d’activité, nous avons formé près de 40 000 candidats, incluant des étudiants et des professionnels issus de diverses entreprises. Notre catalogue est vaste : il couvre l’électricité à tous les niveaux, l’automatisme (du niveau basique jusqu’au SCADA pour le contrôle de grandes usines), l’instrumentation (gestion des capteurs et des processus), ainsi que l’électronique industrielle.
M.E : La robotique est devenue un enjeu majeur. Que proposez-vous concrètement dans ce domaine ?
Razem Cherif : Nous avons lancé une formation spécifique en robotique industrielle pour répondre à une demande croissante. Il s’agit d’un programme intensif de 35 heures, réparti sur 5 jours à raison de 7 heures par jour. Les participants y apprennent la programmation, l’utilisation des technologies robotiques et, surtout, les limites de chaque robot selon les besoins du terrain.
Depuis le lancement de ce module, environ 60 diplômés sont sortis de notre école. L’objectif est de fournir une base théorique solide afin que l’ingénieur puisse manipuler n’importe quel robot industriel qu’il rencontrera dans sa carrière.
M.E : Face aux difficultés d’accès à cette technologie auprès des entreprises étrangères, comment avez-vous réussi à acquérir une telle expertise technique ?
Razem Cherif : Le secret réside dans l’immersion au sein de l’écosystème mondial de la robotique. En tant que distributeur couvrant la zone Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie), je devais maîtriser les technologies de constructeurs comme Hyundai ou Mitsubishi afin de pouvoir les proposer à des intégrateurs de systèmes.
Ces constructeurs mondiaux m’ont formé de manière approfondie pour que je puisse, à mon tour, créer une « couche » d’intégrateurs locaux en Algérie. Mon objectif est de transférer cette intelligence technique afin que les entreprises algériennes ne se contentent pas d’acheter des robots, mais sachent les intégrer et les maintenir de manière autonome.
M.E : Selon vous, que manque-t-il aujourd’hui pour concevoir un robot 100 % algérien ?
Razem Cherif : Pour fabriquer un robot localement, le premier besoin est un investissement massif dans la recherche et développement (R&D), soutenu par l’État mais aussi par le secteur privé. Ce n’est pas une question d’impossibilité technique, mais de volonté.
Actuellement, nous sommes dans une phase d’intégration : nous utilisons des bras robotiques de marques mondiales spécialisées. Pour passer à une fabrication totale, il faut une vision à long terme et une structuration de l’industrie que nous n’avons pas encore totalement. Cependant, la volonté et le talent des jeunes ingénieurs algériens que je rencontre au quotidien sont des signes très encourageants pour l’avenir.
















