Le rapport mensuel de l’OPEP publié lundi chiffre à 104,24 dollars le baril la moyenne du brut algérien en mars 2026, soit un bond de 41,6 % sur un mois. Une flambée portée par la fermeture du détroit d’Hormuz, qui a propulsé l’ensemble des bruts arabes à des niveaux inédits depuis le début du conflit iranien.
Le rapport mensuel de l’OPEP, publié lundi 13 avril, documente sur sa deuxième page l’ampleur du mouvement. La moyenne du panier de l’organisation a progressé de 71 % sur le même mois, à 116,36 dollars, contre 67,90 dollars en février. En février, le Sahara Blend s’était déjà imposé comme le plus onéreux du panier, à 73,59 dollars, devançant le libyen Sarir, l’émirati Murban et le saoudien Arab Light. La variable explicative de ce bond tient en deux mots : détroit d’Hormuz.
455 millions de dollars de recettes supplémentaires
Les recettes supplémentaires de Sonatrach sur le mois de mars ont été estimées à 455 millions de dollars par Petrologistics. Ce surplus ne provient pas d’une hausse massive de la production, les volumes exportés n’ayant progressé que de 12 240 barils par jour, mais d’un effet prix foudroyant. Ces gains correspondent à des créances embarquées : la valeur des cargaisons ayant physiquement quitté les terminaux algériens, dont le prix de vente est fixé au moment du chargement.
La crise iranienne, moteur unique
Depuis le 28 février, la fermeture du détroit d’Hormuz a arraché les marchés pétroliers à leur trajectoire de début d’année. Le Brent a progressé de 43,6 % pour atteindre 99,60 dollars en moyenne sur mars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) gagnait 41 % à 91 dollars. Les contrats à terme ont ensuite franchi respectivement 102 et 104 dollars, après l’échec des négociations américano-iraniennes.
Au sein du panier OPEP, les hausses les plus marquées ont concerné les bruts du Golfe. Le brut koweïtien d’exportation a bondi de 86,5 % à 124,25 dollars, le brut arabe léger saoudien de plus de 77 % à 121,29 dollars et le Bassorah médium irakien de 76 % à 117,62 dollars. Le brut libyen Es Sider, géographiquement proche du Sahara Blend, a progressé de 46 % à 103,69 dollars.
«L’aubaine pourrait être moins juteuse que prévu»
La progression du Sahara Blend, réelle, est toutefois moins spectaculaire que celle des bruts du Golfe, dont les flux physiques sont directement menacés par la fermeture d’Hormuz. Exporté via les ports méditerranéens, le Sahara Blend bénéficie de coûts de transport réduits vers l’Europe, son principal débouché, contrairement aux bruts du Golfe qui empruntent des routes maritimes plus longues. Mais la différence fondamentale entre 2022 et 2026 réside dans la structure de la demande : l’efficacité énergétique et la part croissante du renouvelable ont structurellement plafonné l’intensité carbone du PIB mondial. L’aubaine pourrait donc être moins juteuse que prévu.
Sonatrach joue la durée
Sami Ramdani, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), estimait fin mars sur la chaine RTS, que «même si la guerre s’arrête prochainement, les prix resteront hauts au cours de 2026». Une projection qui conditionne l’ampleur du gain final pour les finances publiques algériennes, dont la loi de finances 2026 avait été calibrée sur une hypothèse de 60 dollars le baril.
La fenêtre de gain devrait se matérialiser pleinement sur le deuxième et le troisième mois du conflit, à mesure que les nouveaux contrats seront négociés dans un environnement de prix structurellement plus élevé. Les prix du gaz naturel restent, dans de nombreux contrats de long terme, indexés sur ceux du pétrole, une corrélation dont l’impact total sur la balance commerciale de 2026 n’a pas encore été pleinement comptabilisé. La prochaine livraison statistique de l’OPEP, attendue en mai, permettra de mesurer si la dynamique de mars s’est prolongée en avril.
















