Pétrole : l’Algérie a engrangé 455 millions de dollars de plus en mars (Exclusivité)

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Le terminal pétrolier de Skikda, l'un des principaux ports d'exportation de Sonatrach vers l'Europe méditerranéenne. (DR)

L’Algérie tire profit, sur le plan comptable, du séisme géopolitique qui secoue le détroit d’Hormuz avec l’agression israélo-américaine contre l’Iran. Selon les dernières données de Petrologistics, analysées par un expert national, les revenus pétroliers du pays ont bondi de 455 millions de dollars durant le seul mois de mars 2026. Ce surplus de recettes ne provient pas d’une hausse massive de la production — les volumes exportés n’ayant progressé que de 12 240 barils par jour — mais d’un effet prix foudroyant.

Le Saharan Blend est ainsi passé d’une moyenne de 70,66 dollars au premier bimestre à plus de 104 dollars en mars. Ces gains correspondent à des « créances embarquées » : la valeur des cargaisons ayant physiquement quitté les terminaux algériens, dont le prix de vente est fixé au moment du chargement (FOB).

Entre exportateurs « bloqués » et bénéficiaires de la prime de risque

Dans cette configuration de crise, l’Algérie s’impose comme l’un des pays bénéficiaires directs du blocage du détroit d’Hormuz. Alors que le marché mondial est amputé de plus de 8 millions de barils par jour, la géographie joue en faveur de l’Algérie. À l’inverse, des producteurs majeurs comme l’Irak et le Koweït voient leurs revenus s’effondrer, avec des pertes respectives de 4,5 et 1,2 milliards de dollars en mars, faute de pouvoir évacuer leur brut.

Le cas de l’Arabie Saoudite est, à cet égard, paradoxal mais révélateur de la violence du choc sur les cours. Bien que le royaume ait vu ses exportations fondre de 2,2 millions de barils par jour à cause des tensions dans le Golfe et des attaques sur ses infrastructures, il enregistre tout de même une hausse de ses revenus de 3,2 milliards de dollars. Ici, l’effet prix est si puissant — avec un baril d’Arab Light ayant doublé de valeur — qu’il efface mathématiquement le manque à gagner sur les volumes non livrés.

Perspectives pour avril : une sur-valorisation structurelle des contrats

Si la fermeture du détroit et la guerre d’agression contre l’Iran se prolongent, les projections pour le mois d’avril s’annoncent encore plus favorables pour les finances algériennes. La prime de risque géopolitique, estimée entre 45 et 55 dollars par baril, s’est désormais structurellement installée dans les cours. Ce mécanisme ne profite pas uniquement aux ventes réalisées sur le marché spot. En effet, la stratégie commerciale de Sonatrach repose largement sur des contrats à terme avec des clients réguliers. Or, ces contrats sont régis par des formules d’indexation sur les prix du marché (le Brent).

En avril, même sans modifier ses volumes de production, l’Algérie verra donc l’ensemble de ses contrats réguliers subir une sur-valorisation automatique. Avec un baril de Brent s’installant durablement au-dessus des 100 dollars, chaque cargaison quittant Arzew ou Skikda générera une marge nettement supérieure à celle du début d’année, voir peut être même supérieure à celle du mois de mars.

Cette manne pétrolière n’est d’ailleurs que la partie émergée de l’iceberg. En amont même d’un risque de pénurie physique, les prix du gaz naturel restent, dans de nombreux contrats de long terme, indexés sur ceux du pétrole. Cette corrélation laisse présager des gains pétroliers et gaziers conséquents pour l’Algérie, dont l’impact total sur la balance commerciale de 2026 n’a pas encore été pleinement comptabilisé.

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