Crise d’Hormuz : l’OPEP+ s’apprête à relever ses quotas de 206 000 barils par jour en mai

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L'Opep+ a décidé, dimanche, de maintenir sa production inchangée pour le mois d'octobre.

Bloomberg l’a révélé ce dimanche matin, citant deux délégués souhaitant rester anonymes : les membres-clés de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (OPEP+), conduits par Riyad et Moscou, ont trouvé un accord de principe pour ajouter 206 000 barils par jour à partir de mai. La vidéoconférence des huit est prévue dans la journée. Le communiqué officiel n’est pas encore tombé. Le Brent dépasse 100 dollars le baril et le détroit d’Ormuz reste fermé à la quasi-totalité du trafic pétrolier.

«Nous devons réagir, au moins sur le papier»

La décision du jour s’inscrit dans la continuité directe du 1er mars, date à laquelle la même alliance avait acté une hausse identique de 206 000 barils pour le mois d’avril. Ce premier geste avait déjà été qualifié de signal politique plutôt que de réponse physique au marché. Cinq semaines plus tard, la mécanique se répète, avec le même chiffre et la même rhétorique. Selon une source OPEP+ citée par Bloomberg, la logique est explicite : «Nous devons réagir, au moins sur le papier.»

La déclaration résume à elle seule l’impasse dans laquelle se trouve l’alliance. En mars, la production totale de l’OPEP a chuté à 21,57 millions de barils par jour selon Reuters, son niveau le plus bas depuis le pic de la pandémie de Covid-19, en raison des perturbations du trafic maritime dans le Golfe. L’Irak a été le plus durement touché, sa production ayant chuté à environ 1,6 million de barils par jour contre 4,15 millions en février. Annoncer 206 000 barils supplémentaires pour mai sur un marché qui en a perdu 7,3 millions en un mois relève d’une arithmétique singulière.

«Un geste symbolique, pas une solution»

Alan Gelder, vice-président de Wood Mackenzie spécialisé dans les marchés pétroliers, avait jugé la décision du 1er mars «sans surprise», mais avait aussitôt soulevé le risque qu’elle soit «inopérante si les flux ne reprennent pas à travers Hormuz». Bloomberg qualifie aujourd’hui la nouvelle hausse de «symbolique». Jorge Leon, responsable de l’analyse géopolitique chez Rystad Energy, avait tranché dès mars que ce geste était «un signal, pas une solution».

Ce signal s’adresse néanmoins à plusieurs destinataires. Donald Trump, qui réclame publiquement une baisse des prix à la pompe américaine, figure en tête de liste. Riyad a relevé ses exportations en anticipation des frappes sur l’Iran, en partie pour répondre à cette pression. La capacité de réserve de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, estimée à 2,5 millions de barils par jour par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), reste la seule marge de manœuvre physique réelle de l’alliance. Mais elle est conditionnée, elle aussi, à la réouverture du détroit.

Riyad et Moscou, premiers bénéficiaires

La répartition de la hausse reproduit exactement le schéma de mars. L’Arabie saoudite et la Russie prennent chacune 62 000 barils supplémentaires, soit la part la plus importante. Pour les deux premiers producteurs de l’alliance, la séquence de crise offre une fenêtre pour résorber progressivement les coupes volontaires de 2023 sans s’exposer à une accusation de dumping délibéré. Depuis avril 2025, le groupe des huit a déjà réintégré 2,9 millions de barils par jour, soit 73 % des volumes mis en sommeil.

L’Algérie, pour sa part, se verrait allouer 6 000 barils supplémentaires, portant son plafond à 983 000 barils par jour. Une hausse marginale qui conforte sa présence dans le noyau dur, sans peser sur ses équilibres budgétaires, au moment où les prix élevés servent directement ses recettes. Sonatrach se retrouve par ailleurs dans la position du fournisseur gazier alternatif dont l’Europe a besoin, ses exportations vers l’Italie et l’Espagne acheminées par gazoduc restant hors de toute dépendance au détroit.

Une troisième source dit non

Bloomberg précise qu’une troisième source au sein de l’alliance n’exclut pas que la hausse mensuelle soit finalement suspendue, au motif que les restrictions d’exportation actuelles rendent la décision théorique. L’Agence d’information sur l’énergie américaine (EIA) projette un Brent moyen à 91 dollars au deuxième trimestre si Ormuz reste sous tension, avant une rechute vers 70 dollars au quatrième trimestre une fois les flux rétablis , et une accumulation des stocks mondiaux de 1,9 million de barils par jour sur l’ensemble de 2026.

Le Comité ministériel conjoint de suivi (JMMC) de l’OPEP+ se réunit également ce dimanche. Une source au sein du groupe a confié à Bloomberg que «le marché a actuellement besoin de tout le brut qui peut être produit», formule qui dit autant sur l’état du marché physique que sur la limite des annonces de quotas.

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