Le Conseil de sécurité de l’ONU se prononce ce mardi 14 avril sur la reconduction des mesures anticontrebande visant les exportations illicites d’hydrocarbures libyens. Le vote intervient alors qu’un rapport onusien particulièrement accablant documente la prédation du secteur énergétique libyen.
Le projet de résolution, rédigé par le Royaume-Uni en sa qualité de porte-plume sur le dossier libyen, vise à réautoriser les mesures contenues dans la résolution 2146 du 19 mars 2014, laquelle permet aux États membres d’inspecter en haute mer les navires désignés par le Comité des sanctions pour avoir facilité l’exportation illicite de pétrole depuis la Libye. Le texte prévoit également le renouvellement du mandat du Groupe d’experts du Comité des sanctions 1970.
Les positions divergent nettement au sein du Conseil. Les États-Unis, le Royaume-Uni et les membres européens considèrent ce régime comme un outil indispensable pour contenir les spoilers et protéger la rente pétrolière libyenne. La Russie, la Chine et plusieurs autres membres ont en revanche critiqué de longue date les restrictions pesant sur les avoirs libyens gelés, plaidant pour que les autorités libyennes disposent d’une plus grande latitude pour réinvestir et gérer ces fonds. Londres avait par ailleurs cherché à étendre aux États membres agissant dans le cadre d’organisations régionales les autorisations d’inspection, dans le but d’aligner le dispositif anticontrebande sur le régime de l’embargo sur les armes. La proposition s’est heurtée à l’opposition de Moscou.
La NOC sous tutelle des milices
C’est dans ce contexte diplomatique que s’est propagé, au cours des semaines précédant le vote, le scandale Arkenu. Un projet de rapport du Groupe d’experts pointe l’implication présumée de Saddam Haftar, fils du maréchal Khalifa Haftar, dans des opérations de contrebande de pétrole dans l’est de la Libye. Le document évoque des circuits financiers échappant au contrôle des institutions officielles, au bénéfice d’intérêts militaires locaux. Selon les éléments du rapport, la société Arkenu, créée en 2023, aurait exporté environ 7,6 millions de barils de pétrole entre mai et décembre 2024, pour une valeur estimée à près de 600 millions de dollars.
Le rapport souligne que le budget de la National Oil Corporation aurait été utilisé comme vecteur de financement indirect de groupes armés, fragilisant l’indépendance de l’institution et alimentant les divisions au sein du secteur pétrolier. Il évoque la formation d’une gouvernance de l’ombre au sein même de la NOC, qui aurait permis de contourner les contrôles internes. Il cite nommément Rafat Al-Abbar, ancien secrétaire adjoint au Pétrole, comme l’un des acteurs clés dans l’imposition du contrat entre la NOC et Arkenu, en contradiction avec la législation libyenne.
L’impunité comme système
Les estimations sur le coût réel de ce dispositif varient mais convergent vers des chiffres considérables. Le 25 mars 2026, Crisis Group a évalué entre 6 et 7 milliards de dollars par an les gains tirés de la contrebande de carburant en Libye, le procureur général Sedig Essour proposant une estimation plus prudente de 1,5 milliard. L’organisation The Sentry avait pour sa part chiffré à 20 milliards de dollars les pertes libyennes sur la seule période 2022-2024.
Face au tollé provoqué par le rapport onusien, le Premier ministre Abdel Hamid Dbeibah a ordonné la résiliation du contrat de développement avec Arkenu, une décision que les analystes interprètent comme une manœuvre de façade. Jalal Harchaoui, chercheur au Royal United Services Institute, estime que la haute direction de la NOC n’est pas en position d’hostilité vis-à-vis de l’entreprise, et que le contrôle de la famille Haftar sur l’Est rend toute vérification sur le terrain presque impossible.
Le 8 avril, le bloc de l’Entente nationale au Haut Conseil d’État a réclamé une enquête internationale, la publication du rapport final des experts de l’ONU et l’activation des mécanismes de recouvrement des avoirs détournés. La Libye est entretemps tombée à la 177e place sur 182 au classement 2025 de l’indice de perception de la corruption, contre 173e en 2024.
















