Des milliers de manifestants ont rallié, ce samedi 4 avril 2026, le parvis de l’hôtel de ville de Saint-Denis à l’appel du nouveau maire, Bally Bagayoko. Ce dernier subit, depuis son élection, une violente campagne raciste dans des médias français « bollorisés » et sur les réseaux sociaux. Un racisme qui, ainsi que l’a rappelé Christiane Taubira, ancienne garde des Sceaux, « ne vient pas de nulle part. Il remonte du fond des âges coloniaux ; des grandes supercheries de hiérarchie de “races” ; d’une mémoire de zoos humains… ».
Élu sous les couleurs de La France Insoumise (LFI), Bally Bagayoko a été attaqué en raison de sa couleur de peau avec des références colonialistes décomplexées. Cette offensive rappelle la jonction des élites avec le fascisme dans les années 30 et suscite, en réponse, une volonté affirmée de résistance. Les charges contre l’édile ciblent clairement les Français issus de l’immigration, les Noirs et les Arabes, dont la légitimité à accéder aux responsabilités est contestée malgré le verdict des urnes.
SOS citoyen
À Saint-Denis, l’ambiance était au « SOS » citoyen ce samedi après-midi. Bally Bagayoko, comparé sur CNews à la « famille des grands singes », a transformé le parvis en bastion de la dignité. « Je ne suis que celui par lequel les stigmates ont été posés », a lancé l’édile, fustigeant des institutions « défaillantes, parfois même complices » d’un racisme qui s’affiche désormais sans filtre.
Jean-Luc Mélenchon, présent à la manifestation, a déclaré que « Bally Bagayoko parle pour nous tous » et a salué une « bascule » historique. Pour le dirigeant de LFI, l’unité du peuple est la réponse nécessaire au mépris des élites : « Notre joie de le voir accéder à des responsabilités a été gâchée par une vague de racisme écœurant. Tous les Français sont égaux en droits ! Ce peuple est le nôtre ! Ce pays est le nôtre ! ».
L’affirmation politique des quartiers populaires
Cette mobilisation massive intervient au lendemain d’un camouflet pour le ministère de l’Intérieur : l’annulation par la justice, ce vendredi 3 avril, de l’interdiction du Congrès des musulmans de France au Bourget, situé à peine à dix kilomètres de là. L’affirmation politique des quartiers populaires, terre de travailleurs, d’exclus et de racisés, se heurte à une gestion d’État aux accents de continuité coloniale.
Jeu trouble
Le « jeu trouble » des autorités s’est cristallisé autour de ce 40e Congrès. Sous l’impulsion directe de Laurent Nuñez, le préfet de police avait tenté d’interdire ce rassemblement historique au Bourget en invoquant des risques terroristes d’ultradroite ou un manque d’effectifs. En réalité, le ministère a tenté d’imposer la thèse d’un « entrisme des Frères musulmans », une rhétorique sécuritaire s’appuyant sur des rapports et des sondages biaisés pour criminaliser par avance les structures musulmanes de proximité.
Le tribunal administratif a cependant révoqué, vendredi, cette interdiction, jugeant les motifs préfectoraux non convaincants et soulignant l’absence totale de preuves matérielles derrière les « notes blanches » des services de renseignement. Ce désaveu juridique met en lumière le caractère compulsif d’une stratégie gouvernementale qui semble agir en « phase de panique complète », selon les mots de l’imam Tareq Oubrou.
Alors que le gouvernement annonce parallèlement un nouveau projet de loi pour durcir la lutte contre le « séparatisme », la Seine-Saint-Denis prouve, entre le tribunal hier et la rue aujourd’hui, qu’elle entend bien résister à la « peste brune » politico-médiatique et à l’arbitraire d’un État qui semble avoir fait de la suspicion envers ses propres citoyens son principal axe de gouvernance.


