Décès de Chems Eddine Chitour, ardent défenseur de la transition énergétique en Algérie

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Le professeur Chems Eddine Chitour est décédé ce dimanche, a annoncé le Conseil de la nation dans un communiqué. Sa disparition est une grande perte pour l’Algérie qui pouvait encore bénéficier de son expertise à un moment où la question énergétique est devenue un enjeu mondial.

Né le 13 octobre 1944 à Bordj Bou Arreridj, Chems Eddine Chitour a eu un parcours académique brillant. Ingénieur en génie chimique formé à l’École nationale polytechnique d’Alger et à l’Institut algérien du pétrole, il était également docteur ingénieur de l’université d’Alger et docteur ès sciences de l’université Jean-Monnet. Professeur de physico-chimie des surfaces, de raffinage, de thermodynamique et d’économie pétrolière depuis 1976, il a formé des générations d’ingénieurs, de chercheurs et de cadres. Il est également le fondateur du Laboratoire de valorisation des énergies fossiles et a été professeur invité et associé à Toulouse.

Fort de cette riche carrière académique, Chems Eddine Chitour a accédé ensuite à de hautes responsabilités au sein de l’État. Il a été nommé ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique en janvier 2020, avant de devenir ministre de la Transition énergétique et des Énergies renouvelables de juin 2020 à juillet 2021 à un moment où très peu acceptaient un portefeuille ministériel en raison de la pression du Hirak Populaire. Il a ensuite été désigné membre du Conseil de la nation en 2022 au titre du tiers présidentiel. Il était également membre du Conseil national économique, social et environnemental (CNESE) et participait aux réflexions stratégiques sur l’avenir du pays, particulièrement sur l’école et l’énergie.

Un pionnier engagé pour la transition énergétique

Chems Eddine Chitour restera comme l’un des hérauts de la transition énergétique en Algérie. Il n’a cessé de plaider pour une transformation profonde du modèle énergétique national, encore largement dépendant des hydrocarbures. Dans un entretien accordé au quotidien El Moudjahid, il rappelait : « Pendant 60 ans, nous avons principalement exploité les énergies fossiles — pétrole et gaz. Il est temps de ralentir cette exploitation, de penser aux générations futures».

Pour lui, la réussite de la transition énergétique passait avant tout par une mobilisation collective. « Ce sont les citoyens qui appliqueront ces changements. S’ils ne sont pas convaincus, ils résisteront. Par contre, si on leur parle avec honnêteté […] alors on mobilise leur responsabilité collective », expliquait-il. Il alertait également sur la croissance rapide des besoins énergétiques : « Nous sommes aujourd’hui 46 millions d’habitants. En 2035, nous serons 55 millions. Pourra-t-on subvenir à leurs besoins avec une consommation énergétique croissante de 8 % par an ? C’est impossible. »

Le solaire et l’innovation au cœur de sa vision pour 2035

Chems Eddine Chitour plaidait pour une substitution progressive des énergies fossiles par les énergies renouvelables, notamment à travers un ambitieux « plan Marshall énergétique ». « L’idée est de bâtir une stratégie nationale, avec des centrales solaires à grande échelle, capables de remplacer peu à peu les centrales thermiques à gaz », affirmait-il.

Il fixait comme objectif un mix énergétique composé à 50 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2035, tout en insistant sur la nécessité de réduire le gaspillage énergétique, notamment dans le secteur du logement : « Les logements sont de véritables passoires thermiques […] une maison moyenne consomme à elle seule l’équivalent de deux tonnes de pétrole par an. »

Une pensée tournée vers l’avenir et la souveraineté énergétique

Pour Chems Eddine Chitour, la transition énergétique était aussi une question de souveraineté. « Depuis près de 7 ou 8 ans, le kilowattheure solaire est moins cher que le kilowattheure thermique », soulignait-il, plaidant pour une meilleure valorisation des ressources nationales et leur préservation pour les générations futures.

Il appelait à un véritable sursaut national : « Nous pouvons réussir notre transition énergétique. Nous en avons les capacités, les compétences, les ressources. Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est une mobilisation à marche forcée. »

Avec sa disparition, l’Algérie perd une expertise et une voix qui aura consacré sa vie à la science, à la transmission du savoir et à la réflexion sur l’avenir énergétique du pays.

Chems Eddine Chitour est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « le passé revisité » et « le monde comme le vois ».

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