Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, notamment la guerre en Iran، le secteur énergétique au Grand Maghreb connaît des recompositions profondes. Selon Jeff Porter, président de North Africa Risk Consulting (NARCO), “ces évolutions profitent à certains pays du Maghreb, tout en exposant les fragilités d’autres”, indique l’expert dans un entretien accordé au site spécialisé Attaqa.
L’Algérie consolide sa position, malgré des limites structurelles
D’après lui, l’Algérie s’impose comme un partenaire énergétique clé pour l’Europe. La demande accrue de gaz naturel a renforcé son image de fournisseur fiable auprès de pays comme l’Italie et l’Espagne.
Cependant, “cette position avantageuse s’accompagne de contraintes importantes. La capacité de production excédentaire reste limitée, conséquence d’un sous-investissement prolongé dans l’exploration et la production” a-t-il expliqué.
L’expert indique, que même si l’Algérie dispose de la plus grande capacité de liquéfaction de gaz en Afrique, le pays privilégie historiquement les exportations par gazoducs, notamment vers l’Europe, au détriment du gaz naturel liquéfié. Dans le même temps, la forte dépendance du pays au gaz pour la production d’électricité, près de 98 %, limite les volumes exportables. “À court terme, les marges de manœuvre sont réduites à la rationalisation de la consommation domestique ou le ralentissement de certaines activités industrielles” pense Jeff Porter.
La Libye : un potentiel entravé par l’instabilité
Interrogé sur la Libye, le président de NARCO, estime que , les capacités techniques, libyennes, de production demeurent élevées. “Le pays est en mesure de relancer rapidement ses exportations pétrolières et gazières. Néanmoins, depuis 2011, l’instabilité politique et les perturbations récurrentes empêchent toute montée en puissance durable” a-t-il dit.
Le Maroc face à une équation énergétique délicate
À l’inverse, le Maroc apparaît comme le principal pays fragilisé par la conjoncture actuelle, d’après lui. “Dépendant entièrement des importations de gaz, le royaume commence à ressentir les effets d’un marché tendu, avec des interruptions d’approvisionnement observées récemment”.
L’incertitude persiste également autour des contrats de gaz naturel liquéfié. “Face à ces difficultés, Rabat pourrait intensifier ses importations de charbon, en particulier depuis la Russie” analyse l’expert.
La Tunisie, un rôle de transit stratégique
Pour la Tunisie, la situation est relativement stable. Le pays bénéficie de son positionnement stratégique grâce au gazoduc transméditerranéen reliant l’Algérie à l’Italie. En contrepartie du transit, Tunis perçoit des volumes de gaz, ce qui atténue les pressions sur son approvisionnement énergétique.
La Mauritanie, nouvel acteur à suivre
Enfin, la Mauritanie pourrait tirer son épingle du jeu grâce à ses premières exportations de gaz naturel liquéfié. “Si ces volumes resteront insuffisants pour peser sur l’équilibre énergétique européen, ils représentent un levier important pour l’économie nationale” indique Porter. .
Au final, le paysage énergétique maghrébin demeure contrasté. Entre opportunités d’exportation pour certains et dépendance critique pour d’autres, la région illustre les défis d’une transition énergétique encore inachevée.

