Deux pneus tous les six mois : une décision qui peine à convaincre les automobilistes

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Pneus (DR)

Depuis plusieurs mois, acheter un pneu est devenu un problème quotidien pour de nombreux automobilistes. Face à une crise qui dure, Naftal a décidé de transférer l’opération de distribution des pneus de l’application « Naftal Khadamat » vers la nouvelle plateforme numérique « Mahata », officiellement baptisée e‑Mahata et accessible via https://e‑mahata.naftal.dz. Une tentative pour reprendre le contrôle d’un marché marqué par les pénuries, les prix qui explosent et les accusations de spéculation.

Mais sur le terrain, la colère des conducteurs reste intacte. Entre références introuvables, déplacements impossibles et limitations d’achat, beaucoup dénoncent un système loin de répondre à l’urgence du marché.

Les automobilistes parlent de pénurie, Naftal évoque la spéculation

Dans plusieurs wilayas, les pneus sont devenus un produit rare. Certaines références ont presque disparu des magasins spécialisés. Les automobilistes passent des jours à chercher sans résultat.

« J’utilise des pneus 185/14C pour mon véhicule utilitaire. Avant, cette référence coûtait moins de 10 000 dinars. Aujourd’hui, je ne la trouve presque plus. Sur Marketplace, un pneu tunisien dépasse parfois 30 000 dinars », raconte un chauffeur rencontré à Alger.

Même constat pour plusieurs artisans et transporteurs. Certains affirment avoir parcouru plusieurs villes sans trouver les dimensions adaptées à leurs véhicules.

Avec l’ancienne application Naftal Khadamat, plusieurs utilisateurs expliquent avoir trouvé leurs pneus disponibles uniquement dans des wilayas éloignées. « J’ai trouvé ma référence à Oued Souf alors que je suis à Blida. Comment voulez‑vous faire des centaines de kilomètres avec des pneus usés ? », s’interroge un automobiliste.

De son côté, le directeur général de Naftal, Mabrouk Atbi, reconnaît l’existence d’une crise profonde sur le marché national. « Le marché du pneumatique a subi de fortes tensions durant plus d’une année. Il était devenu la cible de pratiques spéculatives et de circuits incontrôlés », a‑t‑il déclaré.

Pour Naftal, les pénuries actuelles seraient liées autant au manque de disponibilité qu’à la spéculation qui a fortement touché le marché ces derniers mois.

Paiement obligatoire par carte CIB : une condition qui divise

Avec la plateforme Mahata, le parcours d’achat se veut plus organisé. Le client doit d’abord choisir la référence du pneu recherchée, sélectionner ensuite la région disponible, puis envoyer sa demande en ligne.

Une fois la commande validée, le client dispose de trois jours pour récupérer ses pneus dans le centre indiqué par Naftal. Au‑delà, la commande est automatiquement annulée. Mais une condition continue de provoquer des réactions : le paiement se fait exclusivement par carte CIB ou Edahabia.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs automobilistes dénoncent une mesure déconnectée de la réalité du marché. Beaucoup rappellent que tous les conducteurs ne possèdent pas forcément une carte bancaire active.

Pour d’autres, le vrai problème reste surtout la disponibilité géographique des pneus. « J’ai demandé deux pneus pour ma voiture. On m’a répondu qu’ils étaient disponibles à Chlef. Je roule déjà sans roue de secours et mes pneus sont inutilisables. Faire ce trajet est impossible dans cet état », explique un conducteur.

Naftal annonce 3,5 millions de pneus supplémentaires

Face aux critiques, Naftal avance des chiffres pour rassurer les consommateurs. Selon Mabrouk Atbi, les besoins annuels du marché algérien sont estimés à 6,5 millions de pneus.

L’entreprise publique affirme travailler actuellement sur une offre globale de 8,3 millions d’unités grâce aux importations et à la production locale.

Le responsable précise également que 532 000 pneus ont déjà été expédiés à travers le pays depuis le lancement de l’opération en janvier dernier. Parmi eux, 340 000 pneus auraient déjà été commercialisés.

Naftal annonce aussi le lancement prochain d’appels d’offres internationaux portant sur 3,5 millions de pneus supplémentaires afin d’éviter un retour des pénuries.

Selon Mabrouk Atbi, cette stratégie devrait permettre une baisse des prix comprise entre 35 et 55% dans les prochains mois.

Deux pneus tous les six mois : une décision qui agace les usagers

C’est vraisemblablement la mesure la plus contestée. Désormais, chaque automobiliste ne pourra obtenir qu’une seule dotation limitée. Dans plusieurs centres, les usagers parlent déjà d’une limite de deux pneus par période de six mois.

Pour beaucoup, cette solution ne répond pas à la réalité du terrain. Depuis le début de la crise, de nombreux véhicules roulent avec des pneus très usés faute de disponibilité.

« Certains automobilistes ont besoin d’un seul pneu urgent, d’autres doivent remplacer les quatre. Le système oblige parfois les gens à acheter deux pneus même quand ils n’en ont pas besoin immédiatement », explique un garagiste.

Plusieurs conducteurs craignent aussi un autre effet : des achats de précaution. Des automobilistes pourraient acheter des pneus uniquement pour les stocker chez eux par peur d’une nouvelle pénurie. Une situation qui risque, selon plusieurs professionnels, d’aggraver encore les tensions sur le marché au lieu de les calmer.

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