Économie libre en 2027 : Tebboune face aux subventions et au dinar

Le président Abdelmadjid Tebboune a placé en 2027 l'horizon d'une « économie forte » issue de la transformation de l'économie administrée, une orientation que l'économiste Omar Berkouk juge encore dépourvue de programme sur les subventions et le dinar.

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Le président Abdelmadjid Tebboune, entouré du président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), Kamel Moula, et du Premier ministre, Sifi Ghrieb, lors de la rencontre nationale avec les opérateurs économiques au Centre international de conférences d'Alger, le 14 octobre 2026. ©CREA
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L’économiste Omar Berkouk a examiné pour Maghreb Emergent la portée de l’annonce faite le 14 octobre à Alger par le président Abdelmadjid Tebboune devant les opérateurs économiques réunis par le Conseil du renouveau économique algérien (CREA), qui a décrit l’économie nationale comme engagée dans une « phase de transformation globale d’une économie administrée vers une économie libre » et destinée à devenir, à l’horizon 2027, « une économie forte tenant compte de la dimension sociale de l’État ».

Le chef de l’État a lui-même qualifié l’exercice d’« équation difficile », en disant vouloir conduire cette transition « en douceur, sans soubresauts », et il a précisé que l’État n’obéissait pas « aveuglément à la loi de l’offre et de la demande », même si celle-ci s’impose dans certains secteurs. Omar Berkouk relève que le discours ne comporte « ni calendrier de réforme des subventions, ni annonce sur le régime de change, ni feuille de route de privatisation », et il en conclut que « le terme “libéral” désigne donc, à ce stade, une orientation, pas un programme ».

Le président a décrit l’économie héritée comme « à la traîne », sans industrie de transformation et avec une attention « quasi exclusivement tournée vers l’importation », un constat dont l’économiste dit que « ce n’est pas un aveu d’échec formel, mais le diagnostic implicite l’est ». Le discours officiel préfère le vocabulaire de la « transformation », car reconnaître l’échec reviendrait à remettre en cause le contrat social lui-même, et Berkouk prévient que « si le diagnostic n’est pas assumé, la réforme risque de rester à mi-chemin ».

Le soutien aux prix dans le budget 2027

L’expert fait de la subvention universelle le « point de rupture » de ce modèle. Il en évalue le coût à plus de 20 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026, dont environ 8 points de subventions implicites selon le Fonds monétaire international (FMI), des ordres de grandeur que Maghreb Émergent avait déjà relevés lors du débat parlementaire sur le budget.

Le projet de loi de finances (PLF) 2027, présenté le 12 octobre devant la commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN) par le ministre des Finances, Mohamed Lamine Lebbou, prévoit 2 414,15 milliards de dinars de transferts au profit des personnes, soit environ 18,5 milliards de dollars, dont 717,7 milliards pour la subvention des produits de large consommation, contre 657 milliards pour ces produits dans la loi de finances 2026. Il maintient aussi, jusqu’au 31 décembre 2029, plusieurs mesures fiscales destinées à limiter la hausse des prix alimentaires.

L’économiste juge probable une séquence qui commence par l’énergie, se poursuit avec les produits de base et s’accompagne de transferts monétaires ciblés, combinaison que le Fonds recommande aussi dans son évaluation du 21 septembre 2026, où il préconise une réforme progressive des subventions énergétiques et un soutien ciblé aux ménages vulnérables.

Une hausse modeste des carburants est d’ailleurs déjà intervenue le 1er janvier 2026, l’essence passant de 45,62 à 47 dinars le litre et le gasoil de 29,01 à 31 dinars, soit des augmentations de 3 % et de près de 7 %, le ministère des Hydrocarbures et des Mines soulignant alors que ces prix ne reflétaient pas le coût réel et que le Trésor public en supportait l’essentiel.

Omar Berkouk rappelle toutefois que le ciblage a déjà été évoqué en 2015, en 2017, puis dans le projet de loi de finances 2022, et que les travaux du think tank NABNI comme l’assistance technique de la Banque mondiale sollicitée en 2018 sont restés sans mise en œuvre, d’où son avertissement que « le risque d’un nouveau report est réel ».

Un écart de change et des réserves en baisse

Le dinar est pour l’économiste le second point dur de la transition, parce que « supprimer des aides sans ajuster le change, ou l’inverse, accentuerait les distorsions ». Il en tire que « l’ordre des réformes compte autant que leur contenu ».

Le 16 octobre 2026, la Banque d’Algérie cotait l’euro à 151,08 dinars, contre environ 277 dinars sur le marché informel d’Alger la veille, soit une prime de l’ordre de 83 %. Les administrateurs du FMI, à l’issue des consultations au titre de l’article IV conclues le 11 septembre 2026, constatent que cette prime a augmenté et recommandent de la réduire par une plus grande flexibilité du taux de change.

Le coussin de réserves, qui selon Berkouk « permet d’organiser l’ajustement », s’est réduit. Les réserves officielles brutes sont passées de 68,9 milliards de dollars en 2024 à 51 milliards à la fin de 2025, soit de 11,1 à 8,6 mois d’importations, d’après le tableau publié par le Fonds le 21 septembre 2026, qui les projette à 46,5 milliards à la fin de 2026 puis à 41 milliards à la fin de 2027. L’économiste y voit aussi un risque : « Cette marge permet de réformer par choix. C’est aussi la meilleure excuse pour différer : sans contrainte, la réforme dépend uniquement de la volonté politique. »

Le guichet unique et l’investissement étranger

L’instrument que Berkouk juge concret est le Guichet unique national de l’investissement, qui « entrera en service à partir du 1er janvier prochain », selon le président. Le décret présidentiel n° 26-326 du 12 octobre 2026 le place sous la tutelle du Premier ministre et en fait l’« interlocuteur unique, intégré et exclusif des investisseurs », dix-huit mois après l’annonce, le 13 avril 2025, de sa création dans un délai de deux à trois mois.

L’Algérie a attiré 1,53 milliard de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) en 2025, notamment dans les hydrocarbures, selon le Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) publié le 7 juillet, contre 3,33 milliards pour le Maroc et 1,17 milliard pour la Tunisie. Maghreb Émergent avait déjà relevé, dans son classement des IDE en 2024, que le pays occupait le 16e rang africain avec 1,43 milliard.

« Les conditions d’un vrai changement d’échelle ne sont pas le code de 2022 mais l’exécution », écrit Berkouk, qui cite notamment l’indépendance des autorités de régulation et le rapatriement des dividendes. Il attend du guichet unique qu’il réduise « l’interférence administrative », point de friction le plus cité selon lui par les opérateurs.

Scénarios et échéances

Berkouk retient comme scénario central « une libéralisation séquencée et partielle », le principal risque étant à ses yeux un « statu quo déclaratif ». Un ajustement brutal comparable à celui de 1994 ne lui paraît plausible qu’en cas de chute durable des cours. À la question de savoir si le calendrier est tenable politiquement et socialement, il répond « Oui, mais pas à vitesse libre », et pose comme première condition « un ciblage fiable des bénéficiaires avant toute hausse des prix ».

Parmi les indicateurs qu’il surveille figure d’abord la loi de finances 2027, pour son éventuel mécanisme de ciblage, sa ligne de transferts et d’éventuelles hausses de prix administrés, puis toute annonce sur le régime de change, sur les privatisations et sur l’indépendance des régulateurs. Il suit aussi le niveau des réserves et du baril, qui fixe la marge de manœuvre, ainsi que la reprise ou non des recommandations du Fonds dans le projet budgétaire.

Le guichet unique et la loi de finances 2027 doivent entrer en vigueur le 1er janvier 2027.

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