La Libye a annoncé la levée des avertissements internationaux visant son espace aérien, après plus de dix ans de restrictions liées à l’instabilité du pays. Cette évolution intervient alors que le trafic de transit connaît une hausse annoncée des demandes de survol, que les compagnies françaises ont repris certaines routes au-dessus du territoire libyen et qu’Air Algérie s’apprête à relancer sa liaison avec Tripoli. Mais les réserves des professionnels de l’aérien et le maintien des recommandations européennes de sécurité nuancent la portée de cette réouverture.
Le ministère libyen des Transports a annoncé, lundi 26 octobre, la levée des restrictions aériennes imposées en 2015 par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), dans le contexte de la guerre civile. La décision a été formalisée le 23 octobre et annoncée par le secrétaire général de l’organisation, Juan Carlos Salazar, lors d’une réunion de responsables de l’aviation civile au Moyen-Orient, à Doha, selon Reuters.
Les autorités libyennes attribuent cette décision aux progrès réalisés dans le secteur de l’aviation civile et à la confiance accrue des organismes internationaux dans ses capacités. Elles espèrent notamment renforcer la place de la Libye sur les routes aériennes reliant l’Europe à l’Afrique et augmenter les recettes tirées des vols de transit.
Selon le ministère des Transports, les demandes de permis de survol enregistrées pour la saison hivernale 2026-2027 atteignent 61 968 vols par mois à compter de novembre, contre une moyenne d’environ 2 000 vols mensuels durant la saison précédente. Ces chiffres correspondent aux permis enregistrés ou demandés, et non à un bilan de vols effectivement réalisés.
Le retour des compagnies françaises et les inquiétudes des équipages
Cette annonce intervient plusieurs mois après une première évolution concernant le survol de la Libye par les compagnies françaises. À partir du 27 mars 2026, celles-ci ont de nouveau été autorisées à emprunter certains itinéraires traversant l’espace aérien libyen, après plus de dix ans d’interruption.
La reprise a notamment concerné Air France, qui utilise des corridors spécifiques pour certains vols à destination de l’Afrique. Ces itinéraires permettent de réduire les temps de vol et la consommation de carburant. La compagnie a assuré que la sécurité demeurait sa priorité et que les équipages pouvaient adapter leur trajectoire en fonction des conditions opérationnelles et des instructions des autorités.
Cette décision a cependant suscité des inquiétudes parmi les personnels navigants. Des représentants syndicaux ont mis en garde contre les risques liés à la situation sécuritaire en Libye. Selon des informations rapportées par la presse, une instance représentant les salariés d’Air France en matière de santé et de sécurité a émis un avis de danger grave et imminent concernant la reprise de ces survols. Les préoccupations portent notamment sur l’exposition des équipages et des passagers aux risques associés à un espace aérien situé dans un pays où la situation politique et sécuritaire reste fragile.
Air Algérie reprend ses vols vers Tripoli
Du côté algérien, Air Algérie doit reprendre, à partir du mercredi 28 octobre, ses vols à destination de Tripoli, selon une annonce relayée le 6 octobre par l’Algérie Presse Service (APS). La compagnie nationale prévoit deux rotations hebdomadaires, les mercredis et vendredis, vers l’aéroport international de Mitiga, dans la capitale libyenne.
Cette reprise s’inscrit dans la stratégie de développement du réseau africain du transporteur national et dans les efforts visant à renforcer le rôle de l’aéroport international d’Alger comme plateforme de correspondance régionale. Elle intervient également dans un contexte de reprise progressive des liaisons aériennes de la Libye avec plusieurs destinations étrangères.
Des recommandations européennes toujours en vigueur
Malgré l’annonce libyenne, l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA) maintient son bulletin d’information sur les risques liés à l’espace aérien libyen. Actualisé le 24 juillet 2026 et valable jusqu’au 31 janvier 2027, ce document recommande aux opérateurs concernés de ne pas utiliser l’espace aérien de la région d’information de vol de Tripoli en dessous du niveau FL320, sauf exceptions encadrées pour les approches vers certains aéroports côtiers. Au-dessus de ce niveau, l’agence recommande de rester prudent et de suivre l’évolution de la situation.
L’AESA justifie ses recommandations par la présence de groupes armés, la fragmentation des autorités et les risques associés aux systèmes de défense antiaérienne. Elle souligne également les difficultés de coordination entre les acteurs civils et militaires, susceptibles de compliquer la gestion du trafic en cas de dégradation de la situation.


