Selon une exclusivité publiée par le média espagnol El Confidencial, ce document officiel qualifie sans détour le Maroc de principal producteur mondial de haschich et constate une nette réactivation de la route d’exportation maritime vers la péninsule Ibérique au cours de l’année écoulée.
2500 à 3000 tonnes par an
Si les surfaces de culture du cannabis, historiquement concentrées dans la région du Rif, ont globalement diminué depuis le début du siècle, cette baisse a été compensée par une augmentation spectaculaire du rendement par hectare. Les estimations actuelles évaluent la production marocaine entre 2 500 et 3 000 tonnes annuelles.
Pour la première fois, les autorités espagnoles avancent un chiffre précis sur la logistique des réseaux criminels, estimant qu’environ 600 embarcations rapides de type go-fast, désormais construites dans le nord du Portugal pour contourner la législation espagnole, opèrent activement entre les deux rives.
Face à la pression policière et par crainte de perdre ces précieuses embarcations de haute valeur économique, les organisations criminelles basées au Maroc ont profondément modifié leurs tactiques maritimes.
Transfert en haute mer
Le rapport du Département de la Sécurité Nationale révèle qu’elles évitent désormais de s’approcher directement des côtes espagnoles. Les cargaisons sont transférées en haute mer à des structures secondaires, telles que des voiliers, des navires de plaisance ou de petits chalutiers, qui se chargent ensuite d’introduire discrètement la drogue via des ports de pêche ou de plaisance.
Parallèlement, le transport de haschich dissimulé dans des camions de marchandises connaît une progression constante au départ d’Almería, de Grenade ou de Cadix à destination de la France et du reste de l’Europe. Les analystes espagnols observent également le retour de méthodes que l’on croyait en désuétude, notamment la voie aérienne par le biais d’aéronefs légers et de drones de transport effectuant des liaisons clandestines au-dessus du détroit.
“Offensive grandissante” des trafiquants
Cette restructuration logistique s’accompagne d’une dangerosité accrue sur le terrain. Le document officiel met en garde contre la capacité offensive grandissante des trafiquants, qui font désormais un usage décomplexé d’armes de guerre et n’hésitent plus à emboutir volontairement les embarcations et les véhicules des forces de l’ordre pour éviter la saisie, causant plusieurs décès tragiques parmi les agents espagnols et portugais.
De plus, les routes et les moyens initialement dévolus aux stupéfiants sont de plus en plus diversifiés pour servir au trafic de migrants, tandis que la pression policière dans le golfe de Cadix force l’élargissement des zones d’action vers l’ouest du Portugal et vers l’est du Levant espagnol, atteignant parfois les côtes du sud de la France et de l’Italie. Le rapport note enfin l’émergence d’une route atlantique où le haschich marocain est acheminé vers l’Afrique de l’Ouest avant de traverser le Sahel vers la Libye pour rejoindre l’Europe ou le Moyen-Orient, ainsi qu’un flux inverse de contrebande exportant illégalement d’Espagne vers le Maroc des médicaments psychotropes de la famille des benzodiazépines.
La pression migratoire persiste sur Ceuta et Melilla
Au-delà du trafic de stupéfiants, l’analyse d’El Confidencial met en relief les conclusions du Département de la Sécurité Nationale concernant la gestion migratoire, en particulier autour des enclaves de Ceuta et Melilla. Si les flux migratoires ont connu une baisse après le virage politique de l’Espagne sur le Sahara Occidental, la pression subsiste sur les deux enclaves. Le rapport contredit les indicateurs du ministère espagnol de l’Intérieur en soulignant l’explosion du phénomène des nageurs, ces personnes qui tentent de contourner les barrières frontalières directement par la mer au péril de leur vie. Pour les quatre premiers mois de l’année 2026, les entrées à la nage à Ceuta ont bondi de 330 % par rapport à la même période de l’année précédente.


