Cette transformation structurelle des dynamiques migratoires en Méditerranée occidentale est mise en avant dans l’édition 2025 du rapport officiel sur la sécurité nationale en Espagne. Le rapport accorde une attention particulière à l’augmentation sensible des départs d’embarcations à partir du littoral algérien. Le Département de la sécurité nationale espagnole ne formule pas d’accusations ou de jugements politiques qui sont le propre des mouvements xénophobes comme Vox, de plus en plus rejoint sur cette ligne par le Parti Populaire (droite conservatrice. Il constate cependant que le littoral algérien est devenu un point de passage majeur de la migration clandestine vers l’Espagne.
Jeu de vases communicants entre le Maroc et l’Algérie
Le rapport constate une large recompositions des itinéraires migratoires dans la région. Les flux se sont réorganisés en grande partie à la suite du renforcement des contrôles policiers sur les routes traditionnelles. Le Maroc qui a utilisé l’arme migratoire pour peser sur les décisions de Madrid a changé de posture après le “giro” (virage) de l’Espagne sur le Sahara Occidental. Le rapport n’évoque pas cet aspect. Mais il relève ses conséquences. La surveillance policière accrue et la coopération entre Rabat et Madrid a entraîné une baisse sensible des flux au départ du Maroc et à travers le détroit de Gibraltar. Conséquence, la pression migratoire s’est déplacée vers l’Est. Un jeu de vases communicants qui a propulsé au premier plan la “ruta argelina” vers les Baléares. L’itinéraire Algérie-Espagne qui était jusque-là secondaire est devenu un axe très actif.
Le rapport officiel, sans fournir de données chiffrées dans sa version publique, évoque une “ augmentation (des flux) depuis l’Algérie qui a provoqué une hausse des arrivées aux Baléares”. Pour rappel, des sources “officieuses” au sein des services de sécurité espagnols, citées par El Confidencial, ont fourni une estimation des arrivées à partir de l’Algérie en 2025. Selon cette estimation, environ 14.000 personnes auraient quitté les côtes algériennes par mer vers l’Espagne en 2025. Parmi ces départs, environ 9.500 seraient des ressortissants algériens, le reste comprenant principalement des migrants subsahariens, notamment 1.700 Somaliens. La proximité géographique des îles de Majorque, Ibiza et Formentera en a fait les principaux destinataires des flux.
Une double réalité
Cette “ruta argelina” est alimentée d’abord par des harragas algériens, souvent des jeunes hommes mais on enregistre de plus en plus l’arrivée de femmes et même de familles entières. Elle est également le voie de transit pour les migrants subsahariens qui évitent le nord marocain ou la très dangereuse route Atlantique des Canaries. La demande créant l’offre, les passeurs opèrent à partir des côtes algériennes ont “industrialisé” leurs méthodes: hors-bords rapides et go-fast permettent de rallier l’archipel espagnol en quelques heures. Avec des arrivées simultanées qui saturent les systèmes de surveillance de la Guardia civile espagnole.
Pour Madrid, la gestion de cette route algérienne s’inscrit pleinement dans la stratégie de sécurité nationale. Le document insiste sur l’importance de maintenir des canaux de de communication opérationnels et permanents avec l’Algérie. Madrid met en avant la nécessité de consolider la coopération technique et l’échange de renseignement en temps réel avec les autorités algériennes. Un volet jugé indispensable pour démanteler les réseaux de trafic d’êtres humains.
Reprise des opérations d’expulsion vers l’Algérie
Sur le plan bilatéral, le climat actuel semble particulièrement propice à cette dynamique avec le dégel progressif des relations entre Alger et Madrid.. Plusieurs médias espagnols ont fait état ce samedi de la reprise des mesures de rapatriement des citoyens algériens, qui étaient bloquées durant la crise. Ces médias citent un document du Commissariat général à l’immigration et aux frontières adressé aux hauts responsables de la police au sujet de la “reprise des opérations d’expulsion vers l’Algérie”.
« Après de longues négociations menées par ce Commissariat général et d’autres services du ministère de l’intérieur , la situation qui empêchait l’expulsion des citoyens algériens en situation irrégulière a été résolue » indique explicitement le document. Un déblocage opérationnel qui donne une traduction concrète aux orientations formulées par le rapport espagnol de sécurité nationale.


