Filière céréales : Yacine Oualid lance le “crédit fournisseur” pour sécuriser la moisson

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Le ministère de l'agriculture mobilise tout le secteur pour réussir la campagne de moisson 2025-2026

Un mécanisme de financement inédit, des drones, 330 moissonneuses-batteuses et 1 800 tracteurs commandés : le gouvernement algérien orchestre en quelques jours une mobilisation sans précédent autour de la campagne moisson-battage 2025-2026, dont le coup d’envoi est fixé au 12 avril dans les wilayas du Sud.

À quelques jours du lancement officiel de la récolte céréalière, le ministre de l’Agriculture, Yacine El-Mahdi Oualid, a réuni ce jeudi 9 avril l’ensemble des acteurs de la filière pour dresser un bilan d’étape de la saison et annoncer une mesure centrale : le lancement du crédit fournisseur, un dispositif de financement inédit qui permet aux agriculteurs d’acquérir semences, engrais et produits phytosanitaires sans débourser un centime avant la vente de la récolte.

Cette décision cible en premier lieu les petits exploitants, majoritaires dans la filière, qui renoncent souvent aux traitements phytosanitaires faute de trésorerie disponible au bon moment. Une absence qui coûte cher : selon les estimations présentées lors de la réunion, les maladies des plantes peuvent détruire jusqu’à 40 % d’une récolte annuelle si aucune intervention n’est menée à temps.

Un mécanisme taillé pour ceux que le système bancaire laisse de côté

Le crédit fournisseur ne passe pas par une banque. L’agriculteur reçoit ses intrants directement du fournisseur et ne rembourse qu’après commercialisation de sa récolte. Ce mécanisme, bien rodé dans le secteur maraîcher algérien depuis des années à l’échelle informelle, est désormais institutionnalisé et étendu à la filière céréalière, historiquement restée à l’écart de ces pratiques en raison de la forte main mise de l’État sur les circuits de commercialisation.

Son annonce s’inscrit dans un contexte de réforme plus large du financement agricole. Depuis mars 2026, toutes les banques publiques — BADR, BNA, CPA, BDL, CNEP-Banque et BEA — ont été mobilisées pour financer les projets du secteur, l’État prenant en charge l’intégralité des intérêts. Le crédit fournisseur vient compléter ce dispositif pour les besoins d’intrants en cours de campagne, là où le crédit bancaire classique reste trop lent et trop lourd à mobiliser.

La semence fournie sans avance de trésorerie a permis à des milliers d’agriculteurs, notamment ceux en difficulté financière, de semer dans les délais. C’est ce même principe que le crédit fournisseur étend désormais aux produits phytosanitaires.

Drones, coopératives et cellules de suivi

Le dispositif d’accompagnement déployé depuis le début de la saison témoigne d’un changement d’approche. Des cellules de suivi post-semis ont été déployées dans toutes les wilayas productrices, chargées d’accompagner les agriculteurs à chaque stade de croissance du blé. En deux mois, 368 journées de conseil ont été organisées, touchant plus de 3 800 producteurs.

La nouveauté technologique de la saison, c’est le drone. Utilisé pour la première fois à grande échelle dans la filière céréalière algérienne, il permet un suivi précis des cultures et un contrôle de la fertilisation. Le ministère entend l’étendre aux traitements phytosanitaires, avec l’objectif de réduire les quantités de produits chimiques épandus tout en améliorant la précision et l’efficacité des interventions.

Tout pour doubler le rendement

Quatre jours plus tôt, le 5 avril, lors du Conseil des ministres, le président Tebboune avait donné le ton : il a enjoint au ministre de l’Agriculture d’assurer « dans les plus brefs délais une préparation optimale » pour une campagne qui « s’annonce qualitative au regard des conditions climatiques favorables ». Le lendemain, à Sidi Bel Abbès, un accord était signé entre la société PMAT et le groupe public Agrodiv pour la fourniture de 330 moissonneuses-batteuses et 1 800 tracteurs, tous fabriqués localement sous licence Sampo, via la filiale AgroDrive.

En parallèle, un Conseil national de la mécanisation agricole a été institué pour assurer la maintenance du parc et la disponibilité des pièces de rechange — un maillon longtemps négligé qui conduit à l’immobilisation de matériel en pleine récolte. La première session de formation spécialisée à la conduite et l’entretien des moissonneuses-batteuses s’est tenue le même jour dans l’usine Sampo de Sidi Bel Abbès. L’objectif chiffré est clair : passer de 15 à 30 quintaux par hectare.

L’enjeu macroéconomique est de taille

L’effervescence autour de la moisson 2026 prend tout son sens à la lumière des chiffres. L’Algérie est le deuxième plus grand importateur de produits alimentaires d’Afrique, derrière l’Égypte. En 2024, la facture a dépassé 10,97 milliards de dollars, en hausse de près de 11 % sur un an, tirée en particulier par les céréales, la viande et les légumes secs. Réduire cette dépendance est devenu un impératif politique autant qu’économique.

Pour y répondre, l’État a alloué 764,2 milliards de dinars — soit environ 5,84 milliards de dollars — au secteur agricole dans la loi de finances 2026, en hausse de 4 % par rapport à 2025. Le projet Baladna, fruit d’un partenariat avec le groupe qatari Estithmar, est entré en phase opérationnelle fin 2025 à Adrar, avec un objectif de production de 194 000 tonnes de lait en poudre à terme. L’accord avec l’italien Bonifiche Ferraresi porte quant à lui sur 36 000 hectares de blé dur et légumineuses à Timimoun et Adrar, pour un investissement de 420 millions d’euros.

La campagne 2025-2026 est ainsi bien plus qu’une opération agricole saisonnière. Elle constitue le premier test grandeur nature d’une stratégie nationale de souveraineté alimentaire dont les jalons se multiplient à un rythme inédit depuis deux ans. Les wilayas du Sud sonnent le départ dès le 12 avril. Le reste du pays suivra dans les semaines qui viennent.

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