Le tuyau qui alimente le Maroc en gaz espagnol s’est resserré sans explication depuis cinq jours. Les flux quotidiens, habituellement compris entre 29 et 31 gigawattheures selon les données suivies par la plateforme spécialisée Attaqa, basée à Washington, sont tombés à une moyenne de 21 gigawattheures sur cette période. Madrid n’a donné aucune justification publique. Rien n’indique si la baisse résulte d’une demande marocaine, d’un problème d’approvisionnement côté espagnol ou d’un ajustement des opérations de regazéification.
La baisse survient alors que les importations marocaines de gaz venaient tout juste de se redresser. En juillet, elles avaient progressé de 15,4 % sur un mois, à 991 gigawattheures contre 859 en juin, après les turbulences provoquées au printemps par la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Sur un an, le niveau de juillet reste quasiment identique à celui de juillet 2025, autour de 992 gigawattheures, malgré les secousses accumulées depuis janvier.
Le Maroc s’approvisionne en gaz naturel liquéfié auprès de plusieurs fournisseurs, la Russie et les États-Unis en tête, complétés par un contrat avec Shell. Le royaume fait regazéifier ce GNL sur le sol espagnol avant de l’acheminer par le gazoduc Maghreb-Europe, l’infrastructure qui transportait autrefois le gaz algérien vers l’Europe et sert désormais, en sens inverse, à approvisionner le marché marocain. Les flux espagnols pèsent donc directement sur la sécurité énergétique du royaume.
Une baisse structurelle depuis janvier
Sur les sept premiers mois de 2026, la tendance de fond reste baissière. Les importations marocaines totalisent 4,98 térawattheures, en repli de 13,2 % sur un an par rapport aux 5,74 térawattheures enregistrés sur la même période en 2025, selon les chiffres de la Corporación de Reservas Estratégicas de Productos Petrolíferos, l’organisme espagnol des réserves stratégiques.
Après 822 gigawattheures en janvier, les volumes ont chuté à 572 en février, 583 en mars, puis 377 en avril, le point bas de l’année. Le redressement s’amorce en mai avec un bond de 106,4 % en un mois, à 778 gigawattheures, porté par le cessez-le-feu et les tentatives d’apaisement au Moyen-Orient. Juin confirme la reprise à 859 gigawattheures, avant le pic de juillet à 991.
C’est sur cette dynamique de reprise que la baisse des cinq derniers jours vient jeter un doute. Reste à savoir si Madrid referme temporairement le robinet ou si le geste annonce un ajustement plus durable de ses livraisons de gaz espagnol au Maroc.


