Incendies: les premières pluies mettent les sols de Jijel et de Béjaïa à l’épreuve

Mecipsa Amokrane
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Darguina, dans la Wilaya de Bejaïa, après le désastre - ©Aboubaker Khaled

Quelques semaines après les incendies qui ont ravagé plusieurs secteurs de Béjaïa et de Jijel, les premières pluies importantes de septembre arrivent sur des terrains où la végétation a été fortement dégradée. Un BMS, ce samedi, de l’Office national de la météorologie (ONM) annonce des précipitations sur les deux wilayas. Au-delà du risque habituel de ruissellement, ces pluies peuvent accentuer l’érosion des sols récemment brûlés, notamment sur les terrains en pente.

Les services météorologiques ont placé Béjaïa et Jijel parmi les wilayas concernées par un épisode pluvieux attendu samedi. Selon le BMS diffusé vendredi 11 septembre, les précipitations devraient atteindre entre 20 et 30 mm dans les wilayas de Béjaïa, Jijel, Tizi Ouzou, Skikda, Mila, Sétif, Bordj Bou Arréridj et Bouira.

Ce BMS intervient un peu plus de deux semaines après les incendies qui ont touché plusieurs régions de l’Est algérien à partir de la fin août. À Béjaïa comme à Jijel, des espaces forestiers, agricoles et montagneux ont été affectés par les flammes.

Des sols désormais plus exposés au ruissellement

L’un des effets moins visibles d’un incendie concerne le sol. Lorsque la végétation disparaît, celui-ci se retrouve davantage exposé directement aux précipitations.

En temps normal, la végétation ralentit une partie de l’écoulement de l’eau et contribue à limiter l’impact des pluies sur le sol. Après un incendie, cette protection est fortement réduite dans les secteurs brûlés.

Lors d’épisodes pluvieux, une partie de l’eau peut alors s’écouler plus rapidement à la surface du terrain. Sur les pentes, ce ruissellement peut entraîner des particules de terre et accentuer l’érosion de la couche superficielle du sol.

Pour les secteurs agricoles touchés par les incendies, cette dégradation constitue un enjeu supplémentaire. La perte de sol superficiel peut compliquer la reprise de la végétation et affecter, à terme, la capacité des terrains à retrouver leurs fonctions agricoles.

Un enjeu particulier dans les zones montagneuses

La question est particulièrement importante à Béjaïa et Jijel, où de nombreux secteurs touchés par les incendies se trouvent dans des reliefs accidentés.

Sur un terrain en pente, l’intensité du ruissellement dépend notamment de la quantité et de l’intensité des précipitations, de la nature du sol, de la pente et de l’état de la couverture végétale.

Les premières pluies ne signifient donc pas automatiquement qu’un glissement de terrain va se produire. Il faut distinguer l’érosion des sols de l’instabilité des versants. L’érosion correspond à l’emportement de particules de sol par l’eau. Un glissement de terrain implique, lui, le déplacement d’une masse de matériaux sur une pente et dépend de conditions géologiques et hydrologiques particulières.

Dans les zones incendiées, la disparition de la végétation peut néanmoins rendre certains terrains plus vulnérables au ruissellement et à l’érosion. La saturation des sols lors d’épisodes pluvieux importants constitue, elle, l’un des facteurs pouvant contribuer à l’instabilité de certains versants.

Une pluie qui arrive avant la reconstitution de la végétation

Le calendrier joue également un rôle. Les incendies de la fin août ont laissé peu de temps aux espaces touchés pour reconstituer leur couverture végétale avant l’arrivée des premières pluies importantes.

Cette période est donc particulièrement sensible : avant que la végétation ne puisse reprendre suffisamment pour protéger à nouveau le sol, celui-ci reste davantage exposé aux intempéries.

L’enjeu dépasse ainsi les dégâts immédiatement visibles des incendies. Les conséquences peuvent se prolonger après la disparition des flammes, avec des effets sur les sols, la régénération naturelle et les terres agricoles.

Les pluies, un premier test pour les zones brûlées

L’épisode pluvieux annoncé ce samedi constitue ainsi une première étape pour observer la réaction des territoires récemment incendiés.

Dans les secteurs fortement touchés, l’attention porte notamment sur les phénomènes de ruissellement, l’érosion des sols et l’apparition éventuelle de coulées de boue ou de matériaux sur les routes. Ces phénomènes doivent toutefois être appréciés localement, en fonction de la quantité de pluie réellement tombée, de son intensité et des caractéristiques des terrains concernés.

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