La gauche face à son double standard : pourquoi le silence en Algérie et l’indignation en France ?

Christophe Gleizes est un journaliste français. Il est détenu dans une prison algérienne depuis maintenant un an. Il est poursuivi pour « apologie du terrorisme », sur la base de l'article 87 bis du Code pénal algérien. À Paris, La France insoumise n'a cessé d'exiger sa libération.

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Deux journalistes, deux gauches, deux réactions.

Cette position ne s’est pas limitée au groupe parlementaire du parti. En juillet 2025, le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, est lui-même sorti de son silence pour dénoncer la détention de Christophe Gleizes, déclarant : « Savez-vous que le journaliste sportif Christophe Gleizes est détenu depuis un an en Algérie ? Le silence français, savamment organisé, l’a rendu invisible. Il est temps de se réveiller ! » Il a également appelé explicitement le président algérien Abdelmadjid Tebboune à « utiliser ses prérogatives constitutionnelles » pour obtenir la libération de Christophe Gleizes ainsi que de l’écrivain Boualem Sansal, affirmant qu’ils « ne représentent aucun danger pour l’Algérie ».

Cette prise de position a été réaffirmée au niveau parlementaire lorsque la présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, a déclaré, le mardi 30 juin : « Je souhaite avoir une pensée pour Christophe Gleizes, emprisonné depuis un an en Algérie. Au nom du groupe parlementaire des Insoumis, je renouvelle notre demande de sa libération immédiate. » La position de la direction du parti et de son groupe parlementaire est donc parfaitement cohérente : elle se répète du sommet jusqu’à la représentation parlementaire, sans laisser place à la moindre ambiguïté.

En Algérie, deux autres journalistes connaissent un sort presque identique. Abdelouakil Belam est placé en détention provisoire depuis janvier 2025, en vertu du même article 87 bis. Hassan Bouras, arrêté en avril 2026, a mené une grève de la faim avant d’être condamné par la suite à deux ans de prison. Même arsenal juridique. Même logique de criminalisation. Même silence de la classe politique nationale.

Le Parti des travailleurs (PT), dirigé par Louisa Hanoune, a mené sa campagne pour les élections législatives jusqu’à sa suspension il y a deux jours. Louisa Hanoune a évoqué les retraités, les salaires des travailleurs et le droit au logement. Elle n’a pas mentionné Abdelouakil Belam. Elle n’a pas évoqué Hassan Bouras.

Elle n’a pas davantage abordé le dossier des libertés syndicales, qu’elle mettait pourtant régulièrement en avant par le passé. Une absence notable dans une campagne qui était censée mettre à l’épreuve la crédibilité du discours en faveur des droits et des libertés d’un parti qui se revendique de la gauche internationaliste.

Le climat général de cette campagne n’a d’ailleurs pas été exempt de tensions révélatrices. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a refusé de signer la charte d’éthique de la campagne électorale, après avoir examiné son contenu. Un indice supplémentaire de la fragilité du consensus, y compris au sein de l’opposition, autour des règles minimales du jeu démocratique.

Le paradoxe ne s’arrête pas au discours électoral. Le Parti des travailleurs et La France insoumise ne sont pas étrangers l’un à l’autre. Il y a quelques semaines à peine, leurs représentants se sont retrouvés à Bruxelles. Louisa Hanoune et le député Youcef Tazibit, aux côtés de l’eurodéputée de La France insoumise Rima Hassan et de Marc Botenga, du Parti du travail de Belgique, ont participé à la Conférence parlementaire mondiale de la Caravane Al Soumoud. Ensemble, sous une même bannière, ils ont dénoncé le sort des journalistes palestiniens tués lors de l’offensive israélienne contre Gaza.

C’est là que le paradoxe idéologique apparaît dans toute sa netteté. Des représentants de peuples des deux rives de la Méditerranée se retrouvent au Parlement européen pour défendre des journalistes palestiniens victimes des bombardements. La cohérence est totale. Le discours est unifié. Aucune hésitation, aucun calcul apparent.

Mais lorsqu’il s’agit d’un journaliste ressortissant du pays du parti partenaire, l’équilibre change. La France insoumise a fait de Christophe Gleizes une véritable cause nationale : de son dirigeant historique à la présidente de son groupe parlementaire, son nom est rappelé dans les rassemblements, les communiqués et les points de presse hebdomadaires. Le Parti des travailleurs, en revanche, n’accorde ni à Abdelouakil Belam ni à Hassan Bouras la moindre ligne qui aurait pu figurer dans son programme électoral.

Il ne s’agit pas d’un détail. La cause palestinienne appelle naturellement une solidarité internationaliste, et cela est légitime. Mais lorsque le principe qui fonde cette solidarité est appliqué de manière sélective, il perd une partie de sa crédibilité. Défendre la liberté de la presse comme une valeur universelle ne peut dépendre de la nationalité du journaliste ou de sa situation géographique, sans susciter des interrogations légitimes sur les véritables priorités politiques qui se cachent derrière les slogans internationalistes.

La question que soulève cette comparaison ne porte pas sur la sincérité du soutien apporté à Christophe Gleizes, mais sur l’absence d’un engagement équivalent en faveur d’Abdelouakil Belam et de Hassan Bouras. Une question qui demeure ouverte.

En attendant une réponse du Parti des travailleurs, le silence me contraint, en tant que journaliste placé sous surveillance sécuritaire et dans une position de faiblesse, à parler là où il se tait, au nom de la défense de mes confrères journalistes.

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