Treize virgule deux pour cent. C’est la part de la population algérienne âgée de 15 à 64 ans ayant utilisé un outil d’intelligence artificielle générative au premier trimestre 2026, selon le dernier rapport du Microsoft AI Economy Institute, publié le 7 mai. Un chiffre qui place le pays au neuvième rang africain, derrière la Tunisie (13,5 %), le Sénégal (13,9 %), le Botswana et l’Égypte (14,8 %), le Gabon et la Libye (15 %), la Namibie (15,1 %) et l’Afrique du Sud (23,1 %), qui domine très largement le continent.
Intitulé « Global AI Diffusion — Q1 2026 Trends and Insights », ce document mesure la diffusion de l’IA générative dans 147 économies à partir de données télémétriques agrégées et anonymisées issues de l’écosystème Microsoft. Les chiffres sont ensuite ajustés pour neutraliser les effets de la part de marché des systèmes d’exploitation, du taux de pénétration d’Internet et de la démographie nationale. Les outils suivis couvrent ChatGPT (OpenAI), Gemini (Google), Claude (Anthropic) et Copilot (Microsoft), parmi d’autres.
« Un fossé qui s’élargit » entre Nord et Sud
À l’échelle mondiale, l’usage de l’IA générative a progressé d’un point et demi en un trimestre, passant de 16,3 % à 17,8 % de la population active mondiale. Vingt-six économies dépassent désormais le seuil des 30 % d’utilisateurs. Les Émirats arabes unis conservent la première place avec 70,1 %, devant Singapour (63,4 %), la Norvège (48,6 %), l’Irlande (48,4 %) et la France (47,8 %).
L’écart entre les deux moitiés du monde se creuse à un rythme inédit. Dans les pays du Nord, le taux moyen d’adoption a gagné 2,8 points de pourcentage en six mois pour atteindre 27,5 %. Au Sud, la progression est presque deux fois plus lente, à 1,3 point, pour un taux de 15,4 %. « L’adoption de l’IA s’accélère, mais ses bénéfices ne sont pas répartis équitablement. Le Nord avance plus vite que le Sud, ce qui souligne la nécessité de combler les déficits fondamentaux en électricité, en connectivité, en compétences numériques et en accès aux langues locales », notent les auteurs du rapport.
L’Algérie distancée par ses voisins du Maghreb
Le classement maghrébin témoigne d’une hiérarchie qui ne correspond pas à l’ordre des PIB. La Libye (15 %), pays sans gouvernement unifié, devance la Tunisie (13,5 %), l’Algérie (13,2 %) et le Maroc (11,7 %), pourtant plus avancés sur le plan des infrastructures de télécommunications. L’Égypte, classée géographiquement hors Maghreb mais souvent intégrée à l’analyse nord-africaine, atteint 14,8 %.
L’écart entre l’Algérie et l’Afrique du Sud, leader continental, est éloquent. La nation arc-en-ciel affiche un taux d’utilisation de 23,1 %, en progression continue depuis le premier semestre 2025 (19,3 %, puis 21,1 % au second semestre 2025). Le rapport l’attribue à une combinaison d’infrastructures plus robustes et d’un socle de compétences numériques mieux constitué.
Pour la majorité des pays subsahariens étudiés, le taux d’adoption stagne autour de 10,1 %. Le Nigeria, le Ghana, le Mali, le Niger, la Mauritanie ou encore le Burkina Faso partagent cette même borne basse, témoignage des contraintes structurelles communes : approvisionnement électrique défaillant, taux de pénétration Internet inférieur à la moyenne mondiale, faible disponibilité de contenus dans les langues nationales.
Code et productivité, accélérateurs du Nord
Le rapport identifie également un autre vecteur de creusement des écarts : la productivité logicielle. Les outils d’IA dédiés au code (Claude Code d’Anthropic, Codex d’OpenAI, GitHub Copilot de Microsoft) ont entraîné une hausse de 78 % en glissement annuel du nombre de « git pushes » dans le monde, c’est-à-dire des publications de modifications de code par les développeurs. Le nombre de nouveaux dépôts Git progresse de 45 % par rapport au premier trimestre 2025.
Ces gains se concentrent dans les économies du Nord, où les communautés de développeurs sont déjà denses. L’Asie émerge en revanche comme « principal moteur de croissance » du trimestre, avec une accélération de 43 % de l’adoption en Corée du Sud, 36 % en Thaïlande et 34 % au Japon. Microsoft attribue ces progressions à l’amélioration des capacités multilingues des modèles, désormais capables de traiter les langues asiatiques avec une précision comparable à l’anglais.
Un angle mort, les langues du Sud
L’absence de mention spécifique de l’arabe ou des langues africaines dans le rapport recoupe l’un des constats récurrents du secteur : les grands modèles de langage restent calibrés sur des corpus anglophones et, dans une moindre mesure, francophones, espagnols et asiatiques. La qualité du traitement de l’arabe standard moderne s’améliore, mais reste en deçà des performances atteintes pour le japonais ou le coréen, selon les benchmarks publics référencés par le document.
Le rapport conclut sur une mise en garde. Tant que les déficits en électricité fiable, en connectivité haut débit et en formation numérique ne sont pas comblés dans les économies du Sud, les bénéfices productifs et économiques de l’IA générative continueront d’alimenter une asymétrie qui pourrait, à terme, aggraver les inégalités mondiales existantes. Le prochain bulletin trimestriel du Microsoft AI Economy Institute est attendu en août.


