Enrico Mattei, patron de l’ENI mort dans un accident d’avion en 1962, reste en Algérie la figure tutélaire d’un partenariat énergétique noué dès l’indépendance, à rebours des compagnies pétrolières françaises et anglo-saxonnes. Plus de soixante ans après sa disparition, son nom rebaptise un centre agricole installé à Sidi Bel Abbès, capitale céréalière de l’ouest algérien.
Le décret présidentiel n° 26-193, signé le 12 mai par Abdelmadjid Tebboune et publié au Journal officiel n° 37, fixe le statut du nouvel établissement. Il s’agit d’un centre public à caractère scientifique et technologique, placé sous la tutelle du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche. Sa vocation est explicitement africaine.
L’acte de naissance institutionnel découle du mémorandum d’entente signé à Rome le 23 juillet 2025 entre les deux gouvernements. La création du centre avait été actée lors de la visite officielle de Giorgia Meloni à Alger le 26 mars dernier, aux côtés de l’extension de la coopération ENI-Sonatrach à l’exploration offshore et de la montée en puissance de la campagne céréalière à Timimoun.
Une vocation africaine assumée
Les missions assignées au centre se déclinent en plusieurs volets : renforcement des capacités algériennes et africaines via des partenariats de recherche orientés vers la pratique, adoption de solutions technologiques visant la productivité et la rationalisation des ressources naturelles, formation de jeunes Africains et de formateurs, coopération régionale et internationale autour de l’agriculture, de l’eau et du dérèglement climatique.
La formation entre dans le périmètre du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, qui copilote l’élaboration et la mise en œuvre des programmes pédagogiques.
Cette orientation africaine s’inscrit dans l’architecture du plan Mattei pour l’Afrique, dont l’Algérie constitue la tête de pont avec plus de 9 milliards de dollars d’investissements engagés dans l’énergie et l’agriculture.
Une gouvernance paritaire
Le conseil d’administration compte seize membres, à parité entre les deux pays. La direction générale est confiée à un directeur général. Un conseil scientifique et pédagogique consultatif, également mixte, accueille des représentants d’universités et de centres de recherche italiens aux côtés de leurs homologues algériens.
Sur le plan financier, les recettes du centre proviendront des contributions de l’Algérie et de l’Italie, auxquelles pourront s’ajouter celles d’autres États, d’organismes internationaux et d’entreprises économiques. S’y additionneront les revenus tirés des activités propres du centre et de l’exploitation de ses brevets.
L’installation à Sidi Bel Abbès, à mi-chemin entre Oran et Tlemcen, place le centre au cœur d’un bassin agricole structurant pour la sécurité alimentaire algérienne, où les questions d’irrigation et d’adaptation au stress hydrique restent au premier rang des préoccupations du ministère de tutelle. La montée en charge intervient alors que Rome a fait de l’Algérie le partenaire pivot de sa diplomatie économique méditerranéenne, avec 4,79 milliards d’euros d’échanges bilatéraux enregistrés en 2025.


