À 9h30 ce jeudi, dans l’un des deux centres de vote du secteur urbain de Sidi Rached, au cœur de Constantine, des surveillants réquisitionnés pour la journée cherchaient encore le bureau où ils avaient été affectés. Les portes, elles, étaient ouvertes depuis une heure et demie. Premier signe d’une journée électorale qui a mis du temps à trouver son rythme.
L’affluence de la matinée fut timide. Quelques électeurs isolés, des cartes tendues sans un mot, des isoloirs qui restaient longtemps inoccupés. Il a fallu attendre la mi-journée pour voir les deux centres se remplir. De façon inégale, d’ailleurs. Certains bureaux affichaient complet, pleins à craquer, quand d’autres, à quelques mètres, n’accueillaient personne. Dehors, le temps se montrait clément. Même à son zénith, le soleil ne tapait pas trop fort sur les hauteurs de la ville.
Les deux adresses du centre-ville ne donnent qu’un aperçu du dispositif. La wilaya de Constantine compte 606.853 électeurs inscrits, appelés aux urnes dans 216 centres de vote répartis sur l’ensemble de son territoire. Neuf sièges à l’Assemblée populaire nationale (APN) sont en jeu, que se disputent 18 listes électorales.
Des salles combles, d’autres désertes
Sur les tables, les 18 listes en compétition donnent la mesure de l’offre politique. Le FLN et le RND, les deux formations historiques du pouvoir, côtoient le PT, le RCD, le FFS, Talaie El Houriat, le Front El Moustakbel, le MSP, La Voix du peuple, le Parti de la liberté et de la justice ou encore Nahda. S’y ajoute quatre listes indépendantes, dont les candidats, souvent inconnus du grand public, ont sillonné les quartiers pendant les trois semaines de campagne. Dix-huit prétendants pour neuf fauteuils, soit une chance sur deux, en apparence seulement. Cette abondance n’a pas suffi à convaincre tout le monde. Loin s’en faut.
« Je ne voyais aucun intérêt à leur donner ma voix »
À la sortie de l’un des centres, Ahmed, un sexagénaire retraité de l’éducation, ne cache pas son choix. Il a voté blanc : « Je ne connais aucun des candidats sur les listes, même ceux des partis connus comme le RND ou le FLN. J’ai pourtant suivi la campagne électorale, mais elle n’était pas à la hauteur de ce qu’attendent les Algériens. Certains se sont contentés de répéter les mêmes discours, d’autres restaient trop évasifs sur leur programme. Je ne voyais aucun intérêt à leur donner ma voix », nous confie-t-il.
Des électeurs plus jeunes croisés devant les grilles partagent le même sentiment, en beaucoup moins de mots. Un haussement d’épaules, une formule expédiée, et ils s’éloignent.
D’autres votants, minoritaires eux aussi, affichent au contraire un enthousiasme que l’on n’avait plus guère observé lors des précédents rendez-vous électoraux. Plus engagés que d’habitude, ils reprennent presque mot pour mot les éléments de langage des candidats rencontrés pendant la campagne. Quand ils ne votent pas, tout simplement, pour un frère, un cousin ou un ami inscrit sur une liste. À Constantine, la proximité reste un argument électoral comme un autre.
En début d’après-midi, dans l’un des deux centres de Sidi Rached, une salle débordait d’électeurs pendant que sa voisine, porte grande ouverte, attendait toujours le prochain votant. C’est dans cet entre-deux que la ville patiente jusqu’aux premiers chiffres de participation.


