Elections législatives: le défi de la participation

7 min de lecture
Ajoutez Maghreb Émergent sur Google pour trouver du contenu similaire

Plus de 24,7 millions d’Algériens sont appelés, ce jeudi, à élire les 407 députés de la nouvelle Assemblée populaire nationale (APN). Placé sous le slogan « Soyez un partenaire actif dans la prise de décision… Votez et participez », ce scrutin, le deuxième organisé depuis le Hirak de 2019, constitue une nouvelle étape dans le renouvellement des institutions voulu par les autorités. Mais il intervient aussi dans un contexte politique particulièrement contrasté, marqué par une profonde crise de confiance entre une partie de l’électorat et la classe politique, un espace partisan plus contraint et une abstention devenue, au fil des consultations électorales, le principal défi des pouvoirs publics.

Pour plusieurs partis de l’opposition, ces élections se tiennent après plusieurs années particulièrement difficiles. Certains dénoncent des obstacles administratifs ayant entravé leur activité politique, tandis que d’autres ont vu des responsables ou des militants poursuivis devant la justice. Des formations comme le RCD ou le FFS ont, à plusieurs reprises, dénoncé un rétrécissement du champ politique, alors que les autorités assurent agir dans le strict respect de la loi et des institutions.

Des listes de candidats passées au crible

Les autorités présentent ces élections comme une étape supplémentaire dans le processus de « consolidation » des institutions et de la « démocratie participative ». Le scrutin est en effet le premier à se dérouler sous le nouveau dispositif juridique encadrant les élections et le fonctionnement des partis politiques. Les nouvelles dispositions renforcent les mécanismes de contrôle de l’opération électorale, accordent une place plus importante aux jeunes et aux femmes dans les candidatures et imposent aux partis une participation régulière aux échéances électorales afin de préserver leur existence juridique.

L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) affirme avoir modernisé l’organisation du scrutin en s’appuyant sur plusieurs plateformes numériques destinées à faciliter les démarches des électeurs et à renforcer la transparence de l’ensemble du processus électoral. Avant même le début de la campagne, la confection des listes électorales s’est révélée particulièrement complexe. L’ANIE a procédé à l’invalidation de nombreuses candidatures, près d’un tiers, en invoquant diverses irrégularités, notamment le non-respect des conditions légales ou des soupçons liés à l’utilisation d’argent sale.

Si l’Autorité, par la voix de son président par intérim, assure avoir appliqué strictement la loi, plusieurs partis et observateurs estiment toutefois que certaines candidatures ont payé leurs positions critiques à l’égard du pouvoir ou leur implication dans le Hirak.

Au final, 793 listes regroupant 9 854 candidats sont en compétition à l’intérieur du pays. Parmi elles figurent 613 listes représentant 32 partis politiques, une liste de coalition et 125 listes indépendantes. À l’étranger, 54 listes, totalisant 432 candidats, briguent les sièges réservés à la diaspora. Les jeunes représentent plus de la moitié des candidats, avec 5 304 postulants âgés de moins de 40 ans, tandis que 2 032 femmes sont en lice, soit près de 21 % des candidatures.

Déjà critiquée lors de la dernière élection présidentielle après la polémique autour de la communication des chiffres de participation, laquelle avait conduit au départ de son président Mohamed Charfi, l’ANIE demeure sous surveillance.

Durant la campagne, l’Autorité a publié plusieurs instructions destinées à encadrer le discours électoral ainsi qu’une charte de bonne conduite. Le RCD y a vu une limitation de la liberté d’expression des candidats, tandis que l’ANIE affirme avoir uniquement cherché à garantir une campagne respectueuse des lois et exempte de tout dérapage.

Une campagne sans relief

Officiellement, la campagne électorale s’est déroulée dans de bonnes conditions d’organisation. L’administration, sous la supervision de l’ANIE, a mobilisé les moyens humains, matériels et logistiques nécessaires à son bon déroulement. Sur le terrain, toutefois, nombreux sont ceux qui décrivent une campagne sans véritable élan populaire. Malgré les importants moyens déployés par certains partis, notamment ceux proches du pouvoir, les meetings ont rarement attiré les foules et les débats sont restés relativement discrets.

La concomitance avec la Coupe du monde n’a sans doute rien arrangé. Depuis la qualification historique de l’équipe nationale pour les seizièmes de finale, l’attention des Algériens est largement tournée vers les Verts et leur rendez-vous face à la Suisse, reléguant la campagne électorale au second plan. Faute d’instituts de sondage indépendants et d’un véritable baromètre de l’opinion, il demeure difficile de dresser un pronostic précis.

Nombre d’observateurs estiment néanmoins que les partis islamo-conservateurs, aux côtés des formations traditionnellement proches du pouvoir, devraient conserver une place prépondérante au sein de la future Assemblée, même si la progression des listes indépendantes sera l’un des principaux enseignements à scruter durant scrutin.

La participation, le véritable enjeu

Au-delà de la composition de la future APN, c’est surtout le taux de participation qui retiendra l’attention. Le corps électoral compte 24 727 041 électeurs, dont 854 285 membres de la communauté nationale établie à l’étranger, qui ont commencé à voter dès samedi, tandis que les bureaux itinérants ont ouvert lundi dans les régions concernées.

Depuis 2019, toutes les consultations nationales ont été marquées par une abstention particulièrement élevée, révélatrice de la persistance d’une défiance d’une partie de l’électorat à l’égard de la vie politique. Pour les autorités, une mobilisation plus importante constituerait un signal positif en faveur des réformes engagées. À l’inverse, une nouvelle faible participation relancerait le débat sur la capacité des institutions à renouer durablement le lien avec les citoyens.

ÉTIQUETTES :
Partager cet article