Maroc : le gasoil flambe, le gouvernement prolonge les aides aux transporteurs

Mecipsa Amokrane
7 min de lecture
La hausse du prix du gasoil, au Maroc, relance le débat sur le soutien aux transporteurs et les prix à la pompe (DR)
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La nouvelle hausse du gasoil entrée en vigueur le 1er novembre, au Maroc, intervient dans un contexte de tensions persistantes sur les marchés pétroliers. Face à cette situation, le gouvernement marocain a annoncé une nouvelle tranche d’aide de quinze jours aux professionnels du transport routier. Une mesure qui intervient alors que le débat sur le coût des carburants, le pouvoir d’achat et le rôle de l’État dans la régulation des prix revient au premier plan.

Les automobilistes marocains font face à une nouvelle hausse du prix du gasoil depuis le 1er novembre. Le litre a augmenté de 80 centimes à un dirham selon les distributeurs, pour atteindre des niveaux estimés entre 16,41 et 16,98 dirhams dans les stations-service. À l’inverse, le prix de l’essence a enregistré une baisse comprise entre 10 et 30 centimes le litre.

Cette nouvelle révision intervient deux semaines après un ajustement marqué par une baisse de 20 centimes du gasoil. Elle s’inscrit dans une succession de fluctuations observées depuis l’été, après plusieurs augmentations enregistrées notamment à la fin du mois de septembre.

Au-delà de son incidence sur le budget des automobilistes, la hausse du gasoil constitue une préoccupation pour les professionnels du transport routier, dont les coûts d’exploitation sont directement liés à l’évolution des prix des carburants.

Une nouvelle tranche d’aide de quinze jours

C’est dans ce contexte que le gouvernement marocain a annoncé, lundi 2 novembre, la poursuite de son dispositif de soutien exceptionnel et direct aux professionnels du transport routier de voyageurs et de marchandises.

La nouvelle tranche couvrira une période supplémentaire de quinze jours. Les demandes d’aide pourront être déposées à partir du 10 novembre sur la plateforme électronique dédiée, mise en place par les autorités marocaines.

Cette décision vise à atténuer les répercussions de la hausse persistante des cours des produits pétroliers sur les marchés internationaux et de son impact sur le marché national.

Il s’agit d’une reconduction d’un mécanisme déjà utilisé par les précédents gouvernements, et non d’une nouvelle subvention accordée directement aux automobilistes. Le dispositif prévoit un soutien financier aux transporteurs afin de les aider à absorber une partie de la hausse de leurs charges.

Selon les informations rapportées par Le Desk, cette aide avait été réactivée en mars 2026, dans le contexte des tensions au Moyen-Orient et de la flambée des prix des carburants. Son maintien constitue ainsi le premier arbitrage du nouvel exécutif dirigé par Fatima-Zahra El Mansouri sur ce dossier, après sa nomination en octobre.

La reconduction de cette aide intervient également après des tensions avec les organisations professionnelles du transport. En septembre dernier, plusieurs syndicats avaient dénoncé une réduction d’environ 40 % du soutien financier et jugé les montants versés insuffisants face à la hausse du gasoil. Des organisations du transport de marchandises avaient également menacé de suspendre leurs activités.

Le plafonnement des prix écarté par le gouvernement

La question du prix des carburants a également été portée devant le Parlement. Mardi 3 novembre, lors de l’examen du projet de loi de finances 2027 à la Chambre des représentants, le ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, Fouzi Lekjaa, a écarté les propositions visant à plafonner les prix à la pompe ou à rétablir le système de compensation des produits pétroliers.

Le ministre a notamment estimé que le retour à la compensation des carburants représenterait une charge comprise entre 50 et 70 milliards de dirhams pour les finances publiques. Il a défendu une approche privilégiant le renforcement de la concurrence entre distributeurs, le développement des capacités nationales de stockage et le contrôle des différentes étapes de la chaîne d’approvisionnement.

Pour justifier les pressions qui s’exercent sur le marché national, Fouzi Lekjaa a également présenté des données sur les cours internationaux. Selon les chiffres communiqués devant les députés, le prix du gasoil sur les marchés internationaux est passé de 693 dollars la tonne en moyenne l’année précédente à 1 509 dollars, avant de reculer à 1 436 dollars. Le ministre a également évoqué un baril de pétrole ayant atteint 110 dollars, avant de redescendre à 106 dollars.

Ces évolutions illustrent, selon les données présentées par le ministre, l’ampleur du renchérissement des produits pétroliers et ses répercussions sur les coûts d’approvisionnement du Royaume.

Une facture de soutien qui s’alourdit

Le maintien de cette aide pose aussi la question de son coût pour les finances publiques. D’après Le Desk, le soutien direct aux transporteurs a représenté près de 2,488 milliards de dirhams entre janvier et septembre 2026. Depuis la mise en place du premier dispositif en mars 2022, le montant cumulé des aides versées au secteur avoisinerait 11 milliards de dirhams, selon une déclaration du ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, rapportée par le média.

Cette dépense s’ajoute aux mécanismes classiques de compensation des produits de première nécessité.

Le gouvernement affirme, pour sa part, vouloir préserver la continuité de l’approvisionnement des marchés et éviter une augmentation des tarifs du transport public pour les usagers. Lors d’une réunion tenue le 30 septembre, la commission ministérielle chargée du suivi des répercussions des tensions géopolitiques au Moyen-Orient avait ainsi réaffirmé cet objectif. Elle avait également indiqué que les réserves nationales en gasoil et en gaz butane couvraient entre 40 et 60 jours.

La nouvelle tranche d’aide annoncée en novembre prolonge donc une réponse essentiellement ciblée sur les professionnels du transport, sans modifier directement les prix pratiqués dans les stations-service. Entre la pression des cours internationaux, les dépenses publiques consacrées au soutien du secteur et le refus de rétablir la compensation des carburants, la question de la protection du pouvoir d’achat reste au cœur des arbitrages économiques du gouvernement marocain.

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