La Tunisie enregistre des records de fréquentation touristique, mais les recettes générées par visiteur restent nettement inférieures à celles du Maroc et de l’Égypte. En 2025, le pays a accueilli plus de 11 millions de touristes, pour des recettes de 8,1 milliards de dinars, soit environ 252 dollars par arrivée. Un écart qui renvoie aux caractéristiques du modèle touristique tunisien, marqué par la prédominance du balnéaire, des séjours tout compris et une diversification encore limitée de l’offre.
Le contraste avec ses deux voisins est significatif. Le Maroc a accueilli 19,8 millions de touristes en 2025 et enregistré 138 milliards de dirhams de recettes touristiques, soit environ 14,8 milliards de dollars. En Égypte, les arrivées ont atteint 19 millions de visiteurs, tandis que les recettes touristiques se sont élevées à environ 18,2 milliards de dollars.
Rapportées au nombre d’arrivées, ces données font ressortir des recettes d’environ 700 à 750 dollars par visiteur au Maroc et de près de 960 dollars en Égypte, contre quelque 252 dollars en Tunisie.
Un modèle tunisien encore dominé par le tourisme balnéaire
L’une des principales explications réside dans la structure de l’offre touristique tunisienne. Historiquement construite autour des stations balnéaires et des grands complexes hôteliers, elle repose largement sur le tourisme de masse et les séjours organisés.
Les formules « all inclusive », qui regroupent l’hébergement, la restauration et parfois les activités dans un forfait payé à l’avance, limitent les dépenses supplémentaires effectuées par les visiteurs en dehors des établissements hôteliers. Les restaurants indépendants, les commerces, les artisans et les prestataires d’activités locales bénéficient ainsi moins directement de la consommation touristique.
Dans son examen du secteur tunisien publié en 2023, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) relève que le tourisme balnéaire attirait 85,7 % des visiteurs en 2019. Elle souligne également la prédominance des complexes hôteliers classiques et des formules tout compris, ainsi que les difficultés du secteur à diversifier ses produits et à améliorer son positionnement sur les marchés internationaux.
La durée des séjours constitue un autre élément à prendre en compte. Selon les données de l’Office national du tourisme tunisien citées par l’OCDE, la durée moyenne du séjour est passée de cinq jours en 2010 à trois jours ben 2018. Des séjours plus courts réduisent mécaniquement les dépenses cumulées en hébergement, restauration, transport et loisirs.
Le Maroc mise sur une offre plus diversifiée
Au Maroc, le développement de plusieurs formes de tourisme contribue à multiplier les occasions de consommation. Aux séjours balnéaires s’ajoutent le tourisme culturel et patrimonial, les circuits urbains, les excursions, l’artisanat, la restauration et les activités de loisirs.
Des destinations comme Marrakech, Fès ou Rabat attirent des profils de visiteurs différents et favorisent des dépenses auprès d’une diversité d’acteurs économiques.
Le pays a également renforcé sa connectivité aérienne avec les principaux marchés émetteurs et engagé une stratégie de développement de ses capacités d’hébergement et de diversification de l’offre. Selon le ministère marocain du Tourisme, les établissements d’hébergement touristique classés ont enregistré 43,4 millions de nuitées en 2025, en hausse de 9 % sur un an.
Cette progression des nuitées, conjuguée à celle des recettes touristiques, traduit une dynamique qui ne repose pas uniquement sur l’augmentation du nombre d’arrivées.
L’Égypte bénéficie de plusieurs produits touristiques et de séjours plus longs
En Égypte, la combinaison du tourisme culturel, historique et balnéaire constitue un autre facteur de génération de recettes. Les sites archéologiques de Louxor, Assouan et Gizeh, les croisières sur le Nil et les stations balnéaires de la mer Rouge permettent de proposer des séjours associant plusieurs activités.
Cette diversité favorise la commercialisation de circuits touristiques et de prestations complémentaires à l’hébergement. Le pays bénéficie également d’une importante connectivité aérienne internationale. En 2025, les vols charters vers les destinations touristiques égyptiennes ont progressé de 32 %, selon les autorités du pays.
Le ministre égyptien du Tourisme avait par ailleurs indiqué, en décembre 2025, que la dépense moyenne des visiteurs dépassait 120 dollars par jour, contre 94 dollars auparavant. Ce chiffre, communiqué par le ministre, reste distinct du ratio calculé à partir des recettes annuelles et du nombre d’arrivées.
Une clientèle de proximité qui pèse dans les arrivées tunisiennes
La composition de la clientèle constitue également un élément de comparaison. En 2025, plus de 53 % des visiteurs enregistrés en Tunisie provenaient de l’Algérie et de la Libye, selon les données rapportées parles médias locaux.
Cette importante fréquentation de proximité contribue aux arrivées, mais recouvre des profils de consommation variés. Certains visiteurs privilégient les courts séjours, l’hébergement chez des proches ou les locations privées, tandis que d’autres recourent aux établissements hôteliers et aux circuits organisés.
Le défi tunisien : augmenter la valeur générée par le tourisme
La question dépasse ainsi la seule progression des arrivées. La Tunisie a franchi en 2025 le seuil de 11 millions de touristes, dépassant son précédent record de 2019, mais cette performance ne s’est pas traduite par une augmentation proportionnelle des recettes.
Le Compte satellite du tourisme publié par l’Institut national de la statistique (INS) en octobre 2026 apporte un éclairage complémentaire : les dépenses touristiques intérieures ont atteint 17,47 milliards de dinars en 2025, dont 12,77 milliards attribués aux visiteurs internationaux et non-résidents. La contribution directe du tourisme au produit intérieur brut tunisien est estimée à 5,2 %.
Ces données, qui relèvent d’une méthode de comptabilité touristique différente des recettes en devises publiées par la Banque centrale, confirment le poids économique du secteur, mais aussi l’intérêt de mieux mesurer les retombées de la fréquentation touristique.
Selon plusieurs organismes, l’enjeu pour la Tunisie consiste notamment à diversifier son offre au-delà du balnéaire, développer le tourisme culturel, saharien et écologique, améliorer la qualité des prestations et favoriser les dépenses dans les territoires. L’objectif n’est donc pas uniquement d’attirer davantage de visiteurs, mais de mieux valoriser chaque séjour au profit de l’économie locale.


