Le journaliste Zied El-Heni a été condamné mardi 27 octobre 2026 à quatre ans de prison ferme, avec exécution immédiate, par la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme du tribunal de première instance de Tunis. Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) conteste les conditions du procès et alerte sur les conséquences de cette affaire pour la liberté de la presse et la protection des sources journalistiques.
Une condamnation dans l’affaire des « enregistrements audio fuités »
Le verdict s’inscrit dans l’affaire dite des « enregistrements audio fuités », ouverte en septembre 2023. Le dossier concerne des enregistrements attribués à Mondher Ounissi, alors président par intérim du mouvement Ennahdha, et à la journaliste Chahrazed Akacha.
Mondher Ounissi a été condamné à neuf ans de prison dans le même dossier. D’autres prévenus ont écopé de peines de 25 ans de prison, dont plusieurs par contumace, selon une source judiciaire citée par l’agence Tunis Afrique Presse (TAP).
Un procès contesté par le syndicat
Dans un communiqué publié au lendemain du verdict, le SNJT dénonce des atteintes aux droits de la défense. Selon le syndicat, les avocats du journaliste n’ont pas pu présenter leurs plaidoiries et leur client n’a pas été autorisé à comparaître physiquement devant le tribunal. Zied El-Heni a suivi l’audience par visioconférence depuis la prison de la Mornaguia, où il est détenu, et des difficultés techniques ont perturbé le déroulement des débats, d’après les éléments rapportés par la presse tunisienne.
Le syndicat demande la révision du jugement et la fin des poursuites qu’il juge abusives contre les journalistes. Il réclame aussi le respect du secret des sources et de l’indépendance de la presse.
Le secret des sources au cœur des critiques
Les poursuites découlent d’une émission diffusée sur la radio IFM le 7 septembre 2023, au cours de laquelle Zied El-Heni avait évoqué ces enregistrements. Il avait expliqué avoir contacté les personnes concernées pour en vérifier l’authenticité et recouper les informations avant un éventuel traitement journalistique. Entendu d’abord comme témoin, il a ensuite été poursuivi dans la même affaire. Selon sa défense, les enquêteurs se sont intéressés à ses échanges avec ses sources et lui ont demandé l’accès à son téléphone.
Les poursuites reposent sur plusieurs chefs d’accusation relevant notamment de la législation antiterroriste. La justice lui reproche entre autres le non-signalement aux autorités d’informations relatives à des actes terroristes présumés et des contacts avec des agents d’un État étranger dans un but susceptible de porter atteinte aux intérêts diplomatiques de la Tunisie.
Pour le SNJT, les démarches reprochées au journaliste relèvent de son travail de vérification de l’information, et les poursuites mettent en cause la confidentialité des sources, garantie essentielle à l’exercice du métier. Reporters sans frontières (RSF) avait exprimé son inquiétude avant l’audience du 27 octobre et appelé les autorités tunisiennes à abandonner les poursuites. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) avait lui aussi dénoncé le recours à des poursuites pour terrorisme, en rappelant que, d’après la défense, l’intervention du journaliste se limitait à des démarches de vérification et de recoupement. Ces critiques ne préjugent pas de l’issue des voies de recours judiciaires.
Un journaliste déjà condamné à plusieurs reprises
Cette peine s’ajoute à d’autres procédures. Zied El-Heni avait été arrêté en décembre 2023 après avoir critiqué à l’antenne la ministre tunisienne du Commerce, puis condamné à six mois de prison avec sursis et libéré en janvier 2024.
Le 7 mai 2026, il a été condamné à un an de prison pour des propos publics, sur la base de l’article 86 du Code des télécommunications, relatif aux atteintes à autrui par les réseaux publics de communication. La cour d’appel de Tunis a confirmé cette peine le 26 juin. Cette décision a entraîné l’exécution de la peine de six mois avec sursis de janvier 2024, ce qui porte à 18 mois la durée totale d’emprisonnement à purger au titre de ces deux condamnations.
Le journaliste est également visé par une procédure distincte, liée à la période durant laquelle il siégeait au conseil municipal de Carthage. Elle porte sur des faits présumés de nature administrative et financière.


