Des milliers de runners d’Algérie et de la diaspora ont été surpris par l’écoulement éclair des 10 000 dossards prévus pour la 3e édition de l’AUT, l’Algiers Urban Trail, prévu le 26 juin prochain.
La plateforme d’inscription a affiché le 29 avril au soir un “Sold Out” – épuisés – 24 heures seulement après son ouverture. Sans précédent pour un événement sportif. Les dates d’événements de Running et de Trail se sont multipliées en Algérie ces dernières années, mais le succès hors pair des deux premières éditions de l’AUT en a fait le rendez-vous le plus attendu dans la communauté des runners et au-delà.
L’épuisement des inscriptions en 24 heures sonne presque comme un tournant culturel sur le chemin de l’émergence de la pratique sportive et du fitness dans un pays dont la santé publique souffre de la grande sédentarité de ses habitants.
Un privilège citoyen : courir au cœur du patrimoine
Si l’engouement est aussi massif, c’est que l’AUT propose bien plus qu’une simple course : c’est une clé ouvrant les portes les plus secrètes de la “Blanche”. En passant de 3 000 dossards en 2025 à 10 000 cette année, en collaboration avec la Fédération algérienne de ski et sports de montagne (FASSM), a consolidé un concept d’exclusivité totale. Le parcours est une prouesse logistique qui permet de traverser des édifices publics normalement fermés aux foulées citoyennes : le siège de la Wilaya, l’École des Beaux-Arts, ou encore les salles de la Bibliothèque nationale du Hamma.
Les participants slaloment dans le site archéologique des voutes, s’engouffrent dans les stations de métro et dévalent les escaliers de la Casbah sous les youyous des riverains. “On a redécouvert Alger avec le cœur. Courir à travers les salles du musée des Beaux-Arts après avoir traversé le Jardin d’Essai, c’est un enchantement qu’on ne trouve nulle part ailleurs”, témoignait un participant lors de l’édition précédente. Ce parcours hors du commun, incluant, en 2025, les quais du port d’Alger, l’aéro-habitat et la salle Harcha, transforme l’effort physique en une véritable exploration sensorielle.
L’Algérie en mouvement : du bitume au business
Le succès fulgurant de l’AUT s’inscrit dans une dynamique ou le sport “populaire” gagne de nouveaux espaces dans la pratique sociale des Algériens. L’évolution des rendez vous compétitifs en est un des marqueurs. Longtemps portées par les classiques comme le semi-marathon de Béjaïa ou le marathon du Medghacen, les compétitions de masse se multiplient et se diversifient.
Le Trail de l’Azro N’Thor en haute Kabylie a ouvert la voie à une pratique plus naturelle, mais l’AUT a ramené cette énergie en plein centre-ville. Cette “vague verte” de coureurs ne dynamise pas que les chronos ; elle booste tout un secteur économique.
Le business du sport décolle de manière spectaculaire dans le sillage de cet engouement. Les rayons “running” des enseignes internationales comme Décathlon ou Intersport, désormais bien implantées en Algérie, ne désemplissent plus. On ne court plus en vieux jogging, mais avec un équipement technique, signe d’une professionnalisation des amateurs. La sédentarité recule face à une jeunesse — et des seniors — qui voient dans l’asphalte un terrain de liberté et de santé.
Rayonnement international et limites physiques
Pour l’avenir, l’AUT possède tous les atouts pour devenir une attraction majeure, capable de rivaliser avec les grands trails urbains de Lyon ou de Porto. La part de la diaspora et des participants venant de l’étranger confirme déjà ce potentiel de “tourisme sportif”. Cependant, ce succès pose la question de sa propre limite. Le concept repose sur l’accès à des édifices du patrimoine fragiles qui ne peuvent recevoir un flux indéfini de coureurs.
Avec 17 km de parcours exigeant pour l’édition de 2025 — bouclé en 1 h 05 pour les élites et près de 5 heures pour les derniers marcheurs — la gestion des flux dans les escaliers étroits de la Casbah ou les couloirs des musées impose un plafond naturel. Sur les réseaux sociaux, la frustration était d’ailleurs palpable ce matin : “C’est devenu plus dur d’avoir un dossard pour l’AUT que d’obtenir un visa !” ironisait un internaute sur Facebook, tandis qu’un autre déplorait : “24 heures pour 10 000 places, c’est la preuve qu’Alger a soif d’événements de cette qualité, mais le quota est déjà trop petit pour nous.” L’AUT est désormais victime de son excellence, confirmant qu’Alger va bien devenir, le temps d’une soirée de juin, la capitale du running « sélect » méditerranéen.


