L’instruction n°03-26 signée par le gouverneur Mohammed Lamine Lebbou le 26 avril dernier divise par deux la capacité d’engagement des banques algériennes vis-à-vis de l’étranger. Une mesure prudentielle qui en cache une autre, plus politique, sur la gestion des réserves de change.
À partir du 1er mai 2026, les banques et établissements financiers de la place d’Alger ne pourront plus s’engager par signature à l’étranger au-delà de 50% de leurs fonds propres réglementaires. Le seuil, fixé jusqu’ici à 100% par l’instruction n°02-2015 du 22 juillet 2015, est divisé par deux. Trois articles, une signature, un délai d’application de cinq jours seulement. La Banque d’Algérie n’a pas laissé aux banquiers de la place le temps de souffler.
Sur la place d’Alger, la lecture est immédiate. « La dernière directive de la Banque d’Algérie de plafonner les engagements des banques algériennes à l’étranger fait partie de la panoplie visant à limiter les importations et gérer les réserves de change », confie à Maghreb Émergent un cadre dirigeant d’une banque publique, qui requiert l’anonymat. Le propos résume une conviction partagée dans les directions financières des grandes banques publiques comme dans les filiales algériennes des établissements étrangers. Le texte signé Lebbou est prudentiel par sa forme, mais il poursuit un objectif macroéconomique assumé.
Une mécanique simple, des effets mécaniques
Les engagements extérieurs par signature recouvrent les crédits documentaires, les cautions, les avals et les garanties émises par une banque algérienne au bénéfice d’une contrepartie étrangère, sans décaissement immédiat de devises. Ce sont les instruments de financement par excellence du commerce extérieur. Sans Credoc, pas d’importation.
En effet, une banque dotée de 100 milliards de dinars de fonds propres réglementaires pouvait, jusqu’au 30 avril, porter jusqu’à 100 milliards de dinars d’engagements extérieurs. À partir du 1er mai, son plafond tombe à 50 milliards. La compression est instantanée, brute, sans période transitoire. Les dépôts de garantie et les provisions constituées en dinars au titre de ces opérations restent déductibles du calcul, par renvoi aux dispositions non modifiées de l’instruction de 2015. Mais la déduction ne suffira pas à absorber le choc.
Pour les directions des engagements, le casse-tête commence dès cette semaine. Il faut hiérarchiser les dossiers en cours, prioriser les importations dites stratégiques, refuser ou reporter le reste. Les importateurs dont la banque de référence aurait déjà saturé son nouveau plafond se retrouveront mécaniquement à la porte. La contrainte tombe dans un secteur déjà marqué par une forte sélectivité du crédit, six entreprises sur sept demeurant exclues du financement bancaire selon les chiffres du cabinet Finabi.
Une pièce d’un dispositif plus large
Le plafonnement à 50% ne tombe pas du ciel. Il s’inscrit dans une séquence ouverte à l’été 2025 et qui n’a cessé de se densifier. Domiciliation préalable obligatoire pour les importations destinées à la revente en l’état, encadrement des factures incluant le fret, prolongations dérogatoires accordées au compte-gouttes par l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers (ABEF), suspension récente des autorisations d’importation de produits pharmaceutiques.
Plus tôt cette année, la Banque d’Algérie avait également centralisé l’encaissement en dinars du droit de change pour voyage à l’étranger, fermant un autre canal de sortie de devises. Chaque mesure prise isolément paraît technique. Mises bout à bout, elles dessinent une stratégie cohérente de rationnement administratif des sorties de devises.
C’est ce que confirme, en creux, le banquier cité plus haut. La Banque d’Algérie ne peut pas, statutairement, brandir l’argument du contrôle des changes pour justifier une instruction à coloration prudentielle. Mais en abaissant le ratio d’engagement extérieur, elle obtient le même résultat par un autre canal. Moins de garanties émises, c’est moins d’opérations d’importation possibles. Et moins d’importations, c’est moins de pression sur les réserves de change.


