Sanofi Algérie et les Laboratoires Frater-Razes ont officialisé mercredi un partenariat pour fabriquer sur le sol algérien des insulines de nouvelle génération. L’annonce, publiée sur le compte LinkedIn de Sanofi, vise directement les quatre millions de diabétiques recensés dans le pays.
Le projet repose sur un transfert technologique complet du groupe français vers les installations de Frater-Razes. Les deux partenaires promettent une production intégralement algérienne, aux standards pharmaceutiques internationaux. “Produire en Algérie, au plus près des patients, est un levier concret pour améliorer l’accès aux traitements et en garantir la disponibilité dans la durée”, soutient Serge Montero, directeur général de Sanofi Algérie.
« Elle produit, elle innove »
Le docteur Abdelhamid Cherfaoui, PDG des Laboratoires Frater-Razes, ne dissimule pas son ambition. “L’Algérie n’attend plus : elle produit, elle innove, elle soigne les siens avec ce qu’elle fabrique elle-même”, affirme-t-il dans le communiqué diffusé par les deux groupes. Le laboratoire, fondé en 1992, opère aujourd’hui à travers six pôles industriels et couvre quatorze aires thérapeutiques, de la cardiologie à l’oncologie.
L’accord prévoit la création d’emplois qualifiés dans la biopharmacie et ambitionne de réduire la dépendance aux importations d’insuline, un poste qui pesait encore 420 millions d’euros par an quand l’essentiel du produit provenait d’un seul fournisseur étranger. La facture a depuis évolué avec l’entrée en production de Biocare et de Novo Nordisk à Boufarik, mais le marché reste structurellement déficitaire.
Un diabète à 2 milliards de dollars par an
Les chiffres donnent la mesure du problème. En novembre 2025, Miloud Kaddar, expert en économie de la santé, évaluait lors d’une rencontre organisée par l’ANPHA le coût annuel du diabète à 2 milliards de dollars, soit 1,2 % du PIB. La prévalence atteint 18 % de la population adulte, 4,8 millions de personnes, avec une projection à 7,9 millions d’ici 2030. La CNAS y consacre à elle seule 54 milliards de dinars, près d’un tiers de ses dépenses.
Sanofi est présent industriellement en Algérie depuis plus de trente ans. Son complexe de Sidi Abdellah, inauguré en 2018 pour un investissement de 85 millions d’euros, affiche une capacité de 100 millions d’unités par an et se présente comme le plus grand site de production du groupe en Afrique. Le projet d’une ligne d’insuline y avait été annoncé dès 2023, pour un montant supplémentaire de 100 millions d’euros. Le partenariat avec Frater-Razes marque l’aboutissement opérationnel de cette promesse, même si le communiqué ne précise ni le calendrier de mise en production ni les volumes attendus.
L’Algérie couvre 82 % de ses besoins, mais importe 98 % de ses matières premières
Le ministère de l’Industrie pharmaceutique revendiquait fin 2025 un taux de couverture de 82 % des besoins nationaux en médicaments grâce à la production locale. Le secteur comptait alors près de 300 unités de production, publiques et privées confondues, pour un chiffre d’affaires dépassant 4 milliards de dollars. La crise du détroit d’Ormuz a rappelé la fragilité de cet édifice. L’Algérie produit des comprimés, des ampoules, des flacons. Mais elle importe encore 98 % des principes actifs nécessaires à leur fabrication, selon les données du ministère, une vulnérabilité que la fermeture des routes maritimes du Golfe a brutalement exposée.
Le partenariat Sanofi-Frater Razes porte sur des insulines de dernière génération, des produits biologiques dont la fabrication exige un savoir-faire très différent de celui des génériques classiques. Le transfert technologique annoncé vaudra surtout par sa profondeur réelle, c’est-à-dire par la capacité des équipes algériennes à maîtriser l’ensemble de la chaîne, du principe actif au stylo injectable.
Frater-Razes avait déjà été cité en 2021 comme partenaire potentiel pour la production du vaccin Spoutnik V, un projet qui n’avait finalement pas abouti. Le laboratoire avait également reçu du ministre Ali Aoun la charge de lancer la production locale de paracétamol. L’insuline représente un palier de complexité supérieur. Le communiqué conjoint évoque une « vision 2030 » alignée sur les priorités des autorités sanitaires algériennes, sans détailler les étapes intermédiaires.
Six entreprises algériennes figurent désormais parmi les dix premiers opérateurs du marché national, avec un poids cumulé dépassant 56 % des revenus du secteur. Sanofi, longtemps premier importateur d’insuline en Algérie, fabrique désormais avec un concurrent privé algérien le produit qu’il vendait hier depuis l’étranger. Le renversement n’est pas anodin. Il reste à voir si la production suivra le rythme de la communication.


