Les autorités portuaires espagnoles de la façade méditerranéenne ont publié les premiers bilans de l’OPE 2026, le vaste dispositif mis en place chaque été par l’Espagne pour organiser les déplacements de millions de voyageurs entre l’Europe et l’Afrique du Nord. Les premiers chiffres disponibles, publiés par le port d’Alicante, confirment l’accélération du trafic maritime avec l’Algérie.
Un trafic en hausse de 36,7 % sur un an
Selon les données de l’Autorité portuaire d’Alicante, le trafic avec l’Algérie a atteint un niveau historique avec 163 618 passagers, soit une progression de 36,7 % sur un an, tandis que le nombre de véhicules transportés a bondi de 58 %, à 69 251 unités. Depuis le lancement de l’opération, le 15 juin dernier, plus de 7 500 passagers et près de 3 000 véhicules ont déjà transité par le port d’Alicante en seulement quelques semaines.
Ces résultats illustrent la montée en puissance des liaisons maritimes entre l’Espagne et l’Algérie et confirment le poids croissant de ces flux dans l’économie locale. Une clientèle stratégique pour le commerce espagnol
Contrairement à une clientèle touristique classique, les voyageurs algériens sont avant tout des acheteurs.
Les jours précédant leur embarquement, de nombreuses familles fréquentent les zones industrielles d’Elche, de Torrellano ou encore les grands centres commerciaux de la province d’Alicante pour acquérir de l’électroménager, du textile, de l’outillage, des pièces détachées automobiles ou des équipements informatiques. Ces produits sont destinés à un usage familial mais aussi, parfois, à une revente en Algérie.
Des retombées de 1 million d’Euro au moins par car-ferry
Selon les estimations des associations de commerçants et des opérateurs économiques de la province d’Alicante, une rotation de car-ferry de grande capacité génère des retombées économiques pouvant atteindre autour d’un million d’euros, voire davantage lors des pics estivaux. Cette estimation repose principalement sur les achats réalisés localement avant l’embarquement, auxquels s’ajoutent les dépenses liées au transport, à la restauration, à l’hébergement et aux différents services portuaires.
Avant la suspension d’une partie des liaisons maritimes provoquée par la crise diplomatique entre Madrid et Alger, les organisations économiques de la province estimaient à plus de 150 millions d’euros par an le manque à gagner subi par le commerce local. Les exportations de la province vers l’Algérie, combinées aux achats directs effectués par les voyageurs, représentaient alors un débouché majeur pour une partie du tissu économique d’Alicante.
Alicante et Almería, deux hubs complémentaires vers l’Algérie
Organisée chaque année du 15 juin au 15 septembre, l’Opération Paso del Estrecho (OPE) est le dispositif mis en place par les autorités espagnoles pour gérer l’afflux estival de voyageurs empruntant les liaisons maritimes entre l’Europe et les pays du Maghreb. Elle coordonne les traversées reliant les ports espagnols au Maroc, à l’Algérie et, dans une moindre mesure, à la Tunisie.
Dans ce dispositif, le port d’Alicante concentre les dessertes vers le centre et l’est de l’Algérie avec des liaisons vers Alger, Oran et, depuis cette année, Béjaïa.
De son côté, le port d’Almería constitue la principale porte d’entrée maritime vers l’ouest algérien. Les liaisons avec Ghazaouet et Oran répondent aux besoins des importantes communautés originaires de l’ouest de l’Algérie installées en Espagne et dans plusieurs pays européens. Cette complémentarité permet de mieux répartir les flux de voyageurs tout en rapprochant chaque bassin de population algérien de son principal point d’embarquement.
Des infrastructures modernisées
Face à cette hausse du trafic, les autorités portuaires espagnoles ont renforcé leurs infrastructures afin d’améliorer la fluidité des embarquements et d’anticiper l’entrée en vigueur du futur système européen d’entrée et de sortie (Entry/Exit System – EES).
Le terminal passagers d’Alicante dispose désormais de dix bornes biométriques, de trois postes de contrôle de la police aux frontières et de deux modules automatisés destinés au traitement accéléré des véhicules.
Les opérations de pré-embarquement ont également été réorganisées afin de limiter les embouteillages autour des ports pendant les fortes chaleurs estivales. Des espaces ombragés, des dispositifs d’assistance sanitaire assurés par la Croix-Rouge ainsi que des services de traduction complètent le dispositif destiné à accueillir les familles dans de meilleures conditions.
Au-delà de la seule dimension logistique, ces investissements témoignent de l’importance stratégique des liaisons maritimes entre les deux rives de la Méditerranée. Pour les ports d’Alicante et d’Almería, les voyageurs algériens représentent désormais bien plus qu’un simple flux saisonnier : ils constituent un levier économique majeur pour le commerce, les services et l’activité portuaire locale.



