Offensive douanière de Trump au nom de la lutte contre le travail forcé : le Maghreb concerné

L’administration Trump a engagé une nouvelle série de mesures tarifaires visant environ soixante économies, qui incluent plusieurs pays d’Afrique du Nord, dont l’Algérie et le Maroc, dans le cadre d’une enquête sur le travail forcé. Cette initiative intervient après une décision de la Cour suprême ayant limité une partie des précédents dispositifs douaniers.

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le président américaine Donald Trump

Selon des documents du représentant américain au commerce (USTR), deux niveaux de taxation sont envisagés : 10 % pour un premier groupe de pays et 12,5 % pour un second, en fonction de l’évaluation américaine de leurs cadres législatifs et de leur application en matière de lutte contre le travail forcé. Parmi les pays concernés figurent plusieurs grandes économies, dont l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada, le Mexique, ainsi que la Chine, l’Inde et le Japon.

Cette nouvelle architecture tarifaire est le “plan B” en réponse à une décision de la Cour suprême américaine qui a invalidé une partie des droits de douane dits « réciproques », estimant que leur base juridique avait été utilisée au détriment du Congrès. Cette décision a contraint l’administration à revoir sa copie et à mobiliser d’autres dispositions du Trade Act, notamment la section 301, permettant l’imposition de mesures commerciales en cas de pratiques jugées déloyales.

L’Afrique du Nord dans le périmètre des enquêtes

Plusieurs pays d’Afrique du Nord figurent dans le champ des investigations américaines, selon les documents de l’USTR. Le représentant américain au commerce a conclu que ces nations sont « passibles de poursuites en vertu de l’article 301(b)(1) de la loi sur le commerce ». Plus précisément, le document stipule : « Les 54 économies suivantes n’ont pas réussi à imposer et à faire respecter efficacement une interdiction d’importer des biens produits par le travail forcé » – l’Algérie, le Maroc, la Libye et l’Égypte étant explicitement cités dans cette liste. La Tunisie, en revanche, ne figure pas de manière explicite dans les documents publics disponibles à ce stade.

L’Algérie, pour rappel, a déjà été visée par des mesures antidumping et des droits compensateurs appliqués par les États-Unis sur certains produits sidérurgiques, notamment des aciers destinés à la construction, illustrant une exposition ponctuelle de sa filière métallurgique aux contentieux commerciaux américains.

Le Maroc plus exposé que l’Algérie

Pour l’Algérie, l’exposition directe aux droits de douane américains resterait limitée, les exportations vers les États-Unis étant dominées par les hydrocarbures et certains produits énergétiques, souvent soumis à des régimes spécifiques ou à des exemptions. Le Maroc apparaît plus exposé en raison de la diversification de ses exportations, notamment dans les secteurs du textile, de l’automobile et de l’agroalimentaire, intégrés aux chaînes de valeur européennes et nord-américaines.

Une hausse tarifaire pourrait affecter la compétitivité de certains produits sur le marché américain. Ce risque est doublé d’un effet de ricochet : si l’Union européenne – premier client de la région – voit ses propres débouchés américains taxés, c’est toute la sous-traitance industrielle maghrébine qui subira un ralentissement.

En Tunisie, les effets seraient potentiellement indirects, via les chaînes d’approvisionnement européennes, également concernées par les mesures américaines. Pour Rabat, ce durcissement pose également la question du devenir des avantages de son Accord de libre-échange (ALE) avec les États-Unis.

Pression sur l’Union européenne et les grandes économies asiatiques

L’Union européenne fait également partie des économies visées, dans un contexte de négociations commerciales avec Washington. Les nouvelles mesures pourraient complexifier les discussions en cours entre Bruxelles et Washington. La Chine, déjà au centre des tensions commerciales avec les États-Unis, figure dans le groupe soumis aux niveaux tarifaires les plus élevés, aux côtés de l’Inde et du Japon.

L’administration américaine s’appuie désormais sur une combinaison de textes juridiques datant des années 1970, permettant une interprétation large des prérogatives présidentielles en matière commerciale. Cette stratégie intervient après la remise en cause par la Cour suprême de l’utilisation de l’International Economic Powers Act pour justifier certains droits de douane.

Ces nouvelles mesures s’inscrivent dans un contexte de durcissement des politiques commerciales américaines, où les droits de douane deviennent un instrument central de régulation économique et de pression diplomatique. Dans ce cadre, les économies d’Afrique du Nord se retrouvent intégrées à des dynamiques globales dépassant largement leurs échanges directs avec les États-Unis.

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