Le parquet d’Almería, dans le sud de l’Espagne, a requis ce vendredi l’ouverture d’un procès contre quatorze personnes, de nationalité algérienne et espagnole, soupçonnées d’avoir mis en place un réseau de « pateras taxi » organisant des traversées clandestines entre le littoral algérien et la côte andalouse. L’enquête vise une organisation structurée qui exploitait des embarcations rapides pour transporter des migrants vers l’Europe en échange de sommes importantes.
Selon la justice espagnole, les candidats à l’exil étaient recrutés principalement via les réseaux sociaux. Ils devaient payer entre trois mille et cinq mille euros pour une place à bord d’embarcations semi-rigides de haute puissance capables d’effectuer la traversée en quelques heures. Ces voyages, extrêmement risqués, ont déjà coûté la vie à des passagers. Deux des prévenus sont poursuivis pour homicide par imprudence après un naufrage ayant entraîné la mort de deux migrants algériens, un drame qui illustre la dangerosité de ce trafic.
Un trafic à double sens entre les deux rives
Selon la Guardia Civil et la Police nationale espagnole, l’organisation fonctionnait comme un véritable commerce transfrontalier à double sens. Les bateaux quittant l’Algérie transportaient non seulement des migrants vers l’Espagne mais aussi, dans plusieurs cas, du hashish. Pour le trajet retour, les mêmes embarcations étaient chargées d’objets volés sur le territoire espagnol, notamment des téléphones haut de gamme, ainsi que de drogues de synthèse destinées à être écoulées sur le marché algérien. Cette mécanique permettait aux passeurs de ne jamais voyager à vide et de maximiser leurs profits.
Afin d’échapper à la surveillance maritime, le réseau avait mis en place une logistique sophistiquée. Des points de ravitaillement clandestins situés dans la région d’Almería permettaient d’approvisionner les navires en carburant directement en mer, évitant ainsi les escales dans les ports contrôlés par les autorités.
Les enquêteurs évoquent également des départs simultanés depuis différents points du littoral algérien afin de saturer les capacités d’interception des gardes-côtes espagnols. Les transferts d’argent entre les deux rives se faisaient notamment par le système informel de la hawala, très utilisé dans les circuits parallèles.
Selon les estimations du ministère de l’Intérieur espagnol, citées dans le cadre de l’opération baptisée Flixita, menée en février 2023, ce dispositif aurait généré plus d’un million et demi d’euros de bénéfices avant son démantèlement. Les arrestations liées à cette opération ont commencé à la même période et se sont étendues jusqu’à l’été 2023. (LA GACETA)
De lourdes réquisitions du parquet espagnol
Sur le plan judiciaire, les quatorze accusés encourent des peines lourdes. Le parquet requiert jusqu’à huit ans de prison pour les principaux responsables poursuivis pour organisation criminelle et atteinte aux droits des citoyens étrangers. Pour les deux pilotes impliqués dans le naufrage mortel, le cumul des chefs d’accusation pourrait conduire à des condamnations dépassant dix ans de réclusion. En plus des peines de prison, la justice espagnole réclame la confiscation de tous les avoirs financiers identifiés ainsi que la saisie définitive des embarcations et des véhicules utilisés pour assurer la logistique de ce trafic entre les deux pays.
« Pateras taxi » entre l’Algérie et l’Espagne : procès requis contre 14 présumés passeurs

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