L’ambassadrice d’Italie à Alger, Alessandra Schiavo, a présenté le projet intégré des phosphates associant l’Algérie et le groupe italien Saipem comme une déclinaison directe du Plan Mattei, le programme italien de coopération avec l’Afrique doté de 5,5 milliards d’euros.
C’est ce qu’a déclaré la diplomate à l’agence italienne Nova, le 12 août, en marge de la signature des deux contrats d’exécution au siège de Sonatrach. Schiavo y a détaillé les raisons pour lesquelles cette initiative déborde, selon elle, le strict cadre énergétique qui structure depuis des années la relation entre les deux pays. Elle a souligné que le projet marque une extension significative de la coopération entre Saipem et l’Algérie, « au-delà du secteur des hydrocarbures ». Saipem construira les installations minières et industrielles permettant d’extraire le phosphate à Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, puis de le transformer en engrais à Oued Kebrit, dans la wilaya de Souk Ahras, selon la formule d’exécution rapide EPC Fast Track.
Le second contrat, signé le même jour avec le groupe chinois China Harbour Engineering Company, porte sur les infrastructures portuaires dédiées au projet à Annaba. Trois entreprises algériennes, Cosider Canalisations, SARPI et GCB, participent également à la réalisation.
Le calendrier retenu prévoit une première production de phosphate enrichi au premier trimestre 2027, suivie du démarrage de la production d’engrais au quatrième trimestre de la même année, pour une capacité d’extraction annoncée à 5,5 millions de tonnes par an. Toujours auprès de Nova, Schiavo a qualifié l’initiative de « très ambitieuse » et « visionnaire », l’attribuant à la capacité de planification du président Abdelmadjid Tebboune et du gouvernement algérien, tout en relevant la brièveté des délais fixés pour la mise en service des deux sites.
La dimension agricole du dossier occupe, dans les propos tenus par l’ambassadrice à l’agence italienne, une place égale à sa dimension industrielle. Alger cherche à travers ce projet à réduire sa dépendance aux engrais importés et à consolider une production agricole nationale exposée aux à-coups des marchés internationaux. « La souveraineté alimentaire d’une nation, c’est aussi la souveraineté tout court d’un pays », a résumé Schiavo à Nova, pointant les risques que la dépendance aux fournisseurs étrangers fait peser sur un État, entre fluctuations de prix et ruptures logistiques. Un objectif que Rome poursuit par ailleurs sur un autre terrain, avec le centre d’excellence agricole algéro-italien inauguré en mai à Sidi Bel Abbès.
Une coopération qui sort du seul gaz naturel
Pour Schiavo, le rattachement au Plan Mattei tient à la nature du projet plus qu’à son secteur. Le programme italien, qui recense l’Algérie parmi ses quatorze pays partenaires et y a engagé plus de 9 milliards de dollars entre énergie et agriculture, selon le bilan présenté au sommet Italie-Afrique d’Addis-Abeba en février, privilégie le transfert de compétences et la création de capacités productives locales plutôt que la seule vente de technologie. La participation de Saipem, présente en Algérie de longue date sur les chantiers gaziers, s’étend pour la première fois à un secteur minier hors hydrocarbures, avec un volet de formation de la main-d’œuvre algérienne.
Ce que Rome et Alger en attendent
Côté italien, le projet prolonge sur un nouveau terrain l’expertise d’ingénierie déjà déployée dans le gaz. Côté algérien, il s’agit de transformer une ressource minière brute en produit à plus forte valeur ajoutée, en réduisant les exportations de matières premières non transformées. Le projet doit créer environ 12 000 emplois directs, principalement dans les wilayas de Tébessa, Souk Ahras et Annaba, avant l’échéance du premier trimestre 2027 fixée pour l’entrée en production du site minier de Bled El Hadba.



