Les incidents racistes survenus mardi lors du match amical entre l’Équipe d’Espagne de football et l’Équipe d’Égypte de football, au stade de Cornellà, ne se limitent plus à une polémique sportive. Ils s’inscrivent désormais dans une bataille d’influence autour de l’attribution de la finale de la Coupe du Monde 2030.
C’est le constat dressé par El Confidencial, qui met en garde contre une instrumentalisation politique de ces débordements. Selon le média espagnol, le Maroc chercherait à capitaliser sur ces incidents pour affaiblir la position de l’Espagne dans la course à l’accueil du match le plus prestigieux du tournoi.
Un incident qui provoque un choc politique en Espagne
La rencontre, disputée à Cornellà de Llobregat, a été marquée par des chants racistes et islamophobes entonnés par une partie du public, notamment le slogan « Qui ne saute pas est musulman ». Dès la mi-temps, un message de rappel à la loi a été diffusé dans le stade, soulignant l’interdiction des comportements discriminatoires.
L’affaire a rapidement pris une dimension politique. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a dénoncé un « épisode inacceptable », fustigeant une « minorité » qui « ternit » l’image d’un pays « pluriel et tolérant ». Une enquête a été ouverte par la police catalane. Même fermeté du côté du ministre de la justice, Félix Bolaños, qui a évoqué une « honte » pour la société espagnole, accusant l’extrême droite de propager ce type de comportements et appelant à ne pas banaliser ces dérives.
Sur le plan sportif, la condamnation a également été unanime. Le sélectionneur Luis de la Fuente a fait part de son « dégoût total », tandis que le jeune international Lamine Yamal a dénoncé un chant « intolérable ». La fédération égyptienne a, elle aussi, condamné « un incident ignoble ».
Une polémique immédiatement exploitée
Dans les heures qui ont suivi, une partie de la presse marocaine et de nombreux relais sur les réseaux sociaux ont rapidement construit un récit mettant en cause la capacité de l’Espagne à garantir un environnement respectueux et inclusif. Certains titres ont présenté les événements de Cornellà comme incompatibles avec l’accueil d’une finale de Coupe du monde.
Pour El Confidencial, cette séquence relève moins de l’indignation que d’une stratégie opportuniste. Le média évoque une tentative de transformer un incident grave — unanimement condamné — en levier dans les négociations en cours entre les trois co-organisateurs.
Un précédent embarrassant pour Rabat
Cette offensive intervient pourtant dans un contexte délicat pour le Maroc lui-même. En janvier, la finale de la Coupe d’Afrique des Nations, organisée à Rabat, avait été entachée de polémiques après des incidents impliquant notamment l’équipe du Sénégal. Si le Sénégal s’était initialement imposé sur le terrain, la décision ultérieure de la commission d’appel de la Confédération africaine de football, le 17 mars, de lui retirer le trophée pour l’attribuer au Maroc, avait provoqué une vague d’indignation à travers le continent africain et suscité de vives critiques dans la presse internationale. Cet épisode a durablement écorné l’image du Maroc comme organisateur, au moment même où le pays cherche à s’imposer comme une place forte du football mondial.


