Croissance : l’Algérie devance l’Afrique du nord mais distancée par le reste du continent (BAD)

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Quinze virgule huit mois d’importations en réserves de change, une inflation ramenée à 3 %, une dette extérieure parmi les plus faibles du continent. Et pourtant, un déficit budgétaire de 14,4 % du PIB en 2025, le deuxième plus abyssal d’Afrique. Le rapport MEO 2026 de la Banque africaine de développement, publié le 30 mars à Abidjan, offre sur l’Algérie un portrait en clair-obscur que les chiffres agrégés peinent à restituer.

L’Afrique dans son ensemble affiche une croissance du PIB réel estimée à 4,2 % en 2025, contre 3,5 % en 2024, avec des projections à 4,3 % en 2026 et 4,5 % en 2027. L’Algérie, elle, plafonne à 3,3 % en 2025. La BAD identifie les moteurs de cette progression : les investissements pour moderniser la production dans les champs de gaz, les dépenses publiques dans l’infrastructure sociale et la progression de la consommation des ménages. La croissance devrait se relever à 3,9 % en 2026.

Au sein de l’Afrique du Nord, la hiérarchie est sans ambiguïté. La Libye bondit à 12,4 % en 2025, portée par une reprise de la production pétrolière à 1,3 million de barils par jour contre 1,1 million en 2024. Le Maroc affiche 4,4 %, l’Égypte 4,1 %, la Mauritanie 4,0 %. L’Algérie, à 3,3 %, devance seulement la Tunisie et ses 2,5 %. La région dans son ensemble rebondit à 4,1 % après un creux à 2,7 % en 2024, mais l’Algérie progresse moins vite que ses voisins immédiats.

Le paradoxe des équilibres

C’est là que le portrait se complique. Sur l’inflation, l’Algérie figure parmi les économies les plus stables du continent, à 3,0 % estimés en 2025, une révision à la baisse de 0,5 point par rapport aux projections de novembre. Sur les réserves, le rapport est explicite : l’Afrique du Nord reste la région disposant des réserves de change les plus élevées du continent, à 7,3 mois d’importations en moyenne, «principalement grâce à la solide position de réserve de l’Algérie qui détient 15,8 mois d’importations».

Mais le solde budgétaire raconte une autre histoire. Le déficit algérien est estimé à 14,4 % du PIB en 2025, projeté à 14,5 % en 2026 avant de reculer à 14,0 % en 2027. La BAD l’attribue à «la faiblesse de la production et des exportations d’hydrocarbures et à l’accélération des importations, tirées par l’investissement et les dépenses publiques». Sur les 54 économies africaines passées en revue, seul le Malawi affiche un déficit plus profond. La BAD avertit que ces niveaux pourraient conduire à «un alourdissement du niveau d’endettement».

La rente, socle et contrainte

Le rapport classe l’Algérie parmi les pays exportateurs de pétrole, un groupe dont la croissance collective est estimée à 3,9 % en 2025. Il note que les investissements de Sonatrach, en partenariat avec des entreprises étrangères, pour moderniser et étendre les réseaux de production «contribueront à une croissance vigoureuse». Mais il souligne aussitôt que pour ce groupe, «la persistance de risques à la baisse, notamment la fragmentation géopolitique et l’intensification des politiques protectionnistes, pourrait peser sur les recettes».

Les cours du baril devraient chuter de 68,2 dollars en 2025 à 65,8 dollars en 2026 selon les projections du rapport, ce qui creusera mécaniquement le déficit courant algérien, attendu à 2,9 % du PIB en moyenne sur 2026-2027.

Un signal atténué par un avantage géographique que la BAD relève explicitement : l’Algérie, comme l’Égypte et le Maroc, bénéficie de la stratégie de délocalisation à proximité dans un contexte de fragmentation géoéconomique mondiale, «offrant un bon accès aux marchés d’Europe et du Moyen-Orient». Une opportunité que le rapport rattache à la dynamique des exportations de la région, et qui pourrait constituer un levier de diversification si les réformes structurelles suivent.

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