La raffinerie de Sonatrach en Sicile sert de cas d’étude pour un modèle de décarbonation qui reste, à ce stade, purement théorique. L’étude, publiée le 27 août dans la revue Sustainability (MDPI), est signée par des chercheurs de la Fondazione Bruno Kessler de Trente et de Sonatrach Raffineria Italiana S.r.l., la filiale qui exploite le site d’Augusta. Leur modèle indique qu’en ajustant plus finement le fonctionnement des turbines à gaz existantes, associé à davantage de solaire et de stockage par batteries, la raffinerie pourrait réduire ses émissions jusqu’à 7,2 %, sur un total annuel d’environ 600 kilotonnes de CO2 équivalent, sans augmentation des coûts globaux. Aucun élément de l’article n’indique que ce scénario a été mis en œuvre.
Un modèle informatique, pas un pilote industriel
Pour aboutir à ce chiffre, les auteurs ont construit une simulation avec PyPSA, un logiciel de calcul énergétique gratuit conçu à l’origine pour modéliser des réseaux électriques nationaux, dont la documentation technique est publique. Ils l’ont appliqué à un seul site industriel, avec une précision inhabituelle dans ce type de travaux : 8 760 heures de calcul, soit une année entière heure par heure, à partir de données réelles d’exploitation de la raffinerie.
La plupart des études sur la décarbonation des raffineries se limitent, faute de moyens de calcul suffisants, à quelques journées types censées représenter l’année. Les chercheurs estiment que cette méthode simplifiée sous-estime le potentiel réel d’économies. Le chiffre de 7,2 % correspond au meilleur des scénarios testés dans ce modèle, pas à une moyenne ni à un résultat mesuré sur le site lui-même.
Ce que le modèle privilégie : le réglage des turbines, pas le solaire neuf
L’enseignement le plus net de la simulation tient dans la comparaison entre les leviers testés. Ce n’est pas l’ajout de panneaux solaires ou de batteries qui produit, dans le modèle, les économies les plus importantes, c’est la façon dont les turbines à gaz déjà installées seraient pilotées. Réduire leur production aux heures où l’électricité coûte cher sur le marché, puis la relancer quand le prix baisse, pèse davantage dans le résultat que l’installation de nouveaux équipements renouvelables.
Le site d’Augusta reste soumis, comme toute installation industrielle implantée dans l’Union européenne, au système européen d’échange de quotas d’émission, en vigueur depuis 2005, qui fait payer chaque tonne de CO2 émise au-delà d’un plafond fixé par Bruxelles. Un modèle qui identifie des économies sans nouvel investissement lourd présente, dans ce contexte, un intérêt pratique pour l’exploitant, à condition d’être appliqué.



